‹ Théâtre complet. Nouv. éd., précédée d'une noticeChapitre 237 sur 1518 · L'AMOUR A LA MODE, ACTE V, SCÈNE L · texte numérisé non relu

L'AMOUR A LA MODE, ACTE V, SCÈNE L

LISETTE

Mais...

CLITON

Je n'en rabattrai rien.

Tu m'abandonnerais, toi qne met liors de mise Ton poil déjà trrison, et ta nazillardise? Tu m'abandonnerais, moi, que tn ne vaux pas. Moi, dont un monde entier adore les appas, Moi, dont tu vois l'amour à l'envi poursuivie Faire qu'on te regarde avec un œil d'envie; Enfin, moi, qui m'abaisse à t'aimer...

CLITON

Enfin, toi Oui rend ma bourse nette, et te moques de moi.

LISETTE

C'est aussi par tes dons qu'on me voit si poupine.

CLITON

Diable, je t'appréhende, et ta chienne de mine; A présent devant moi tu prends des libertés Qui refroidissent bien mes libéralités.

Chacun t'en vient conter.

LISETTE

Oui ; mais pour des paroles, Sans donner rien de plus, j'attrape des pisloles.

CLITON

Et par cette raison je m'en dois consoler?

LISETTE

Cliton, parlons français au lieu de quereller. Tu connais mon humeur, tu connais ma méthode, J'aime à changer d'habits, j'aime à suivre la mode, J'achète tous les jours quelque meuble nouveau, Je fais couper, tailler, et toujoursdu plus beau, Tantôt chez le mercier, tantôt chez la lingôre. Et tant que j'ai de quoi je ne l'épargne guère. Vois-tu bien? Cela coûte, et tant d'ajustement Ne se fait ni par sort ni par enchantement : Tes gages, quels qu'ils soient, à peine sont capables De me fournir des gants et des nippes semblables ; Et si je ne souffrais qu'on m'en contât un peu. Je viendrais au rabais, où je jouerais beau jeu.

CLITON

C'est bien fait. Mais viens çà, dis-moi quels avan- Jusqu'ici j'ai trouvés à te donner mes gages, [tages Pour toi de jour en jour ma passion s'accroît. Et je ne t'ose encor toucher du bout du doigt.

LISETTE

Ne te suffil-il pas de savoir que je t'aime ?

CLITON

Tu m'aimes !

LISETTE

En douter, c'est te tromper toi-même, Tu le vois trop.

CLITON

J'ai donc la berlue en amour.

LISETTE

Je soupire pour toi plus de six fois par jour.

CLITON

C'est un grand réconfort à soulager une âme.

LISETTE

Estimes-tu si peu ces marques de ma flamme?

CLITON. [chôment .

C'est toujours mieux que rien ; mais parlons fran- L'amour, comme tu sais, est un enfant gourmand, Et pour rassasier sa faim trop convoitcuse. Je trouve des soupirs une viande bien creuse.

LISETTE

Je perds temps avec toi, tu n'aimes qu'à jaser, Et tes sottes raisons ne font que m'amuser. Adieu.

CLITON

Dis-moi, ta langue est-elle mercenaire.

Et pour vingt écus d'or te voudrais-tu bien taire?

LISETTE

Au lieu d'une cent fois.

CMTON.

L'effort est grand pour toi.

MSETTE.

J'en viendrai bien à bout, repose-t'en sur moi ; Peux-tu me les donner.

CLITON

Oui, j'en ai charge expresse.

Situ retiens ta langue auprès de ta maîtresse, Mon maître...

LISETTE

Je tairai son infidélité.

Voyons donc ton argent.

CLITON

Il n'est pas bien compté.

Quoi, les vingt écus d'or ne sont qu'en espérance?

CLITON

J'en réponds, que t'importe?

LISETTE

' 0 la bonne assurance!

Va, crois que de ce pas je vais la détromper.

CLITON

Garde aussi qu'il ne sache à son tour t'attraper.

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