SCÈNE II DOROTÉE, LISETTE
DORÛTÉE.
J'attendais ion retour avec impatience.
Hé bien, l'as-lu trouvé? Que t'a-t-il répondu ?
Parle.
LISETTE
Je l'ai trouvé tout ensemble, et perdu.
DOROTÉE.
11 aurait refusé d'écouter ton message?
LISETTE
Vous ne connaissez pas encorle personnage, Il sait trop pour cela comme on vit aujourd'hui.
Dis-moi donc promptement, que croirai-je de lui ? Sait-il queje l'attends? Viendra-t-il? Le verrai-je?
LISETTE
Sans doute qu'il viendra, mais gardez-vousdu piège: Et, si vous m'eu croyez, rendez-lui do grand cœur Fleurette pour lleurette, et douceur pourdouceur, Ne vous engagez point plus avant qu'il s'engage.
DOROTÉE.
Qui te peut obliger à tenir ce langage? Est-il fourbe, inconstant?
LISETTE
Je ne sais ce qu'il est, Mais vous en jugerez, écoutez, s'il vous plait. Nous nous sommes l'un l'autre abordés dans la rue, Oii me riant au nez aussitôt qu'il m'a vue, Avecque tant de joie il est vers moi couru. Qu'à bon escient pour vous je l'ai jugé féru : Même chose à l'ouïr, d'abord toute assurance De ne sortir jamais de voti'o obéissance. Mais à peine pour vous il me vantait son feu, Qu'une danic arrivant, c'est ià le beau du jeu, Sans dire, quoi ni qu'est-ce, au mépris de sa flamme, Le causeur est allé lui chanter même gamme,
Et sur l'heure à mes yeux, sans autre compliment, S'est mis à cajoler fort gracieusement.
DOROTÉE.
Quoi, devant loi l'ingrat aurait eu l'impudence De mettre làcliciiieiit au jour son inconstance, De lui pai'Ier d'amour?
Oui, vous dis-je, à mes yeux.
DOROTÉE.
Il fourbe donc, le traître?
LISETTE
11 s'y connaît des mieux.
DOROTÉE.
Mais cette dame enfin, qu'est-elle devenue? Achève.
LISETTE
Après l'avoir longtemps entretenue.
Tout à coup, mais sans doute ils avaient concerté, lisent tiré tous deux chacun de leur côté.
DOROTÉE.
Et pour savoir son nom tu ne l'as point suivie?
LISETTE
Je l'ai tâché, madame, et j'en brûlais d'envie, Mais le valet d'Oroute a rompu mon dessein, Qui m'ayant su couler quelque douceur en main. Pour arrhes qu'il ferait encor toute autre chose. M'a promis monts et vaux moyennant bouche close : Mais moi,« Sachons uupeu pour qui vous me prenez» Puis lui jetant soudain ses écus d'or au nez, « Va, maroufle, ai-jc dit, je ne suis point traîtresse. Et ne sais ce que c'est de vendre ma maîtresse. Si j'ai besoin d'argent, sans lui manquer de foi. Elle en a de réserve et pour elle et pour moi. » Alors si contre lui j'eusse cru mon courage...
DOROTÉE.
Ton zèle me ravit.
Je pétillais de rage.
.Moi, vous trahir! Vous vendre ! Oh qu'il s'adressait Il aurait pu m'olTrir... [bien !
DOROTÉE.
Va, tu n'y perdras rien.
Admire, cependant, aux termes oii nous sommes. Combien j'avais raison de haïr tous les hommes, Puisqu'Oronte, en faveur de qui ce triste cœur Relâchait un orgueil ([ui fait tout mon bonheur. Cet Oronte me fourbe, il me joue, il me brave. Et, pris en d'autres fers, feint d'être mon esclave. Mais qu'à propos sa feinte a su se découvrir! Avec ce lâche amant j'étais prête à m'ouvrir, A prendre sou avis pour rompre un hyménée...
LISETTE
Vous l'espériez en vain, la parole est donnée; Votre père vous presse, et pourra tout sur vous.
DOROTÉE.
Il a beau me presser, malgré ces rudes coups...
LISETTE
Mais Klorame lui plaît, il le souhaite, il l'aime.