‹ Théâtre complet. Nouv. éd., précédée d'une noticeChapitre 245 sur 1518 · L'AMOUR A LA MODE, ACTE V, SCÈNE VIIL · texte numérisé non relu

L'AMOUR A LA MODE, ACTE V, SCÈNE VIIL

CLirO.N.

Grand nicrti. Maintenant poussez votre fortune.

ORONTE, à Dorolée. Quelque cher que me soit l'iionneur que je reçoi, Je veux mal aux bontés que vous avez pour moi, Puisqu'attendu de vous, l'on peut mettre en balaoce Si je viens par amour, ou bien par complaisance; Et que votre ordre exprès peut faire présumer Que c'est vous obéir, et non pas vous aimer. LISETTE, parnissaiil avec Lucie qu'elle oblige incontineiil de rentrer.

Un cavalier, madame, est encore avec elle; Demeurez.

LUCIE

C'est Oronle. Ah, l'ingrat, l'infidèle!

DOROTF.E.

Me surprendre d'abord avec ce compliment. C'est prévenir ma plainte assez adroitement. Vous-même, apprenez-moi ce qu'il faut que j'en ORONTE. [croie.

Vous le pouvez connaître à l'éclat de ma joie.

DOROTÉE.

J'en soupçonne l'adresse.

ORONTE

Avec peu de raison.

DOROTÉE.

Souvent un beau dehors cache une trahison.

OROSTE.

Pour plus de sûreté n'en croyez que vous-même, Consultez votre cœur, il sait si je vous aime.

DOROTÉE.

Il m'en fait donc secret?

Moins que vous ne pensez.

Si vous daignez l'entendre, il vous en dit assez ; Etd'ailleurs,cedevoir dont mon amour s'acquitte...

DOROTÉE.

Peut-être étant forcé n'est pas de grand mérite.

ORONTE

L'hommage que je rends aux yeux qui m'ont blessé Passerait-il chez vous pour un devoir forcé ? Cet hommage si pur, sans mélange, sans tache. Et qui n'a rien en soi de honteux ni de lâche.

DOROTÉE.

Vous relevez bien haut.

ORONTE

iS'en ai-je pas sujet.

Puisque de mon amour vos vertus sont l'objet. Qu'en vous est le motif qui fait que je vous aime. Et que c'est seulement à cause de vous-même?

DOROTÉE.

Je puis donc m'assurer qu'il durera toujours. Ce rare et digne amour qui de moi prend son cours; Car, encor que du temps le pouvoir soit extrême. Me peut-il faire enfin cesser d'être moi-même?

ORONTE

Aussi me feriez-vous un oulrage mortel, D'attendre moins de moi qu'un hommage éternel.

DOROTEE.

Vous en parlez, ce semble, avec tant de franchise, Que j'ai quelque sujet de craindre une surprise.

ORONTE

Quoi, vous vous défiez de ma slocérilé?

DOROTÉE.

On hasarde à tout croire avec légèreté.

OnONTE.

Mais un espoir fondé sur de si grands mérites Trahit qui le soutient en souffrant des limites, Il doit se tout promettre, et sur ce ferme appui. Prétendre à tous les cœurs qu'il croit dignes de lui.

DOROTÉE.

C'est ainsi aussitôt que le vôtre soupire. Il se tient assuré de tout ce qu'il désire?

ORONTE

C'est ainsi que sans crainte et sans émotion Je vois briguer sous main votre inclination; Je vous rends mes respects, Éraste vous proteste, Vous avez de bons yeux, qu'ai-je à douter du reste?

DOROTÉE.

Vos mérites vous sont un présage assuré D'emporter la balance, et d'être préféré.

ORONTE

D'une et d'aulre façon, je sais me satisfaire; Je me donne a l'objet dont le choix me préfère, Et quand l'heur d'un tel choix ne tombe point sur

[moi.

L'on montre une âme basse, et je reprends ma foi.

M'accuseriez-vous bien d'une telle bassesse.

Et ce reproche adroit est-ce à moi qu'il s'adresse?

ORONTE

Un peu trop de scrupule à votre amour est joint. Des termes si communs ne vous regardent point. Mais j'entends du bruit.

DOROTÉE, contrefaisant l'étonnée.

Où?

ORONTE

Vous semblez inquiète.

Vous regardez...

DOROTÉE.

De l'œil, je cherche ici Lisette, Il m'a semblé la voir.

ORONTE

Vous l'avez vue aussi.

DOROTÉE.

Qu'est-elle devenue?

ORONTE

Elle est entrée ici, Je m'en vais l'appeler.

DOROTÉE, /eijnanf de l'arrêter avec empressement.

Dieux! Que voulez-vous faire?

ORONTE

Vous rendre de mon zèle une preuve légère.

Toujours d'un vif soupçon votre amour est taché; Mais croyez que chez moi si quelqu'un est caché. Sans m'en avoir parlé, ma suivante est coupable...

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