LE CHARME DE LA VOIX, ACTE III, SCÈNE VII
La surprise pourtant n'aura rien que de doux, Si je partage enfin ma couronne avec vous; Je la veux, Fédéric, voir dans votre famille.
FÉDÉniC.
Quoi, seigneur, vous voulez?...
LE DUC
Épouser votre fille.
Sa beauté sur mon cœur usant do tous ses droits, Vient d'achever en moi le charme de sa voix.
FÉOÉRIC.
Ah ! dissipez ce charme, et rentrez en vous-même. Vous, l'amant de ma fille?
LE DUC
Oui, Fédéric, je l'aime, Et rien ne peut changer ce que j'ai résolu.
FÉDÉRIC
Servez-vous mieux, seigueur, du pouvoir absolu.
LE DUC
Non, mon dessein est juste.,
FÉDÉRIC
Il ne le faut pas croire; Puisqu'il blesse l'État, il blesse votre gloire.
LE DUC
Quoi, lorsque votre sang prend sa source du mien. Ne vous en rend-il pas le plus ferme soutien. Et dans ce rang illustre où votre gloire monte. Ce qui vous fait honneur me peut-il faire honte?
FÉDÉRIC
Oui, seigneur, si l'État à qui vous vous devez, Voit que ses intérêts en soient mal conservés : Nous sommes tous à lui, mais vous plus que toutau- Ce qui n'est point son bien ne peut cire le vôtre: [tre; Et comme à tous vos soins i! doit servir d'objet. S'il vous fait notre maitre, il vous reud son sujet.
LE DUC
Je n'ai que trop suivi cette injuste maxime. Il faut m'en afiVanchir.
FÉDÉRIC
Le pouvcz-vous sans crime, Et songez-vous assez de quel sanglant affront La duchesse par là verrait rougir son front ? Après qu'en vos États on l'a déjà reçue...
LE DUC
Enfin de ce dessein je prends sur moi l'issue ; Quoi qu'il puisse arriver, je le veux, il suffit.
FÉDÉRIC
Et je suivrai les lois que le ciel me prescrit.
LE DUC
Qu'est ceci, Fédéric, et qu'osez-vous me dire? Quoi donc, ma volonté ne peut ici suffire?
FÉDÉRIC
Non, quand j'en vois sur moi la honte rejaillir, C'est assez pour bien faire et non pas [JOur faillir ; Commevotreluteurj'aidroitdevousl'apprendre
FABRICE, à pari.
Ce beau-père futur craint bien qu'on ne l'engendre.
LE DUC
Je force ma colère à ne pas éclater.
Mais à ma passion cessez de résister.
Aussi bien si pour moi la duchesse est à craindre. L'affront est déjàfait, il n'est plus temps de feindre, Et par un ordre exprès que j'ai su lui donner, Carlos dans ses États l'est allé remCner.
FÉDÉRIC
Pour ne vous pas aigrir, je cède et me retire. Je ne puis toutefois m'empècher de vous dire. Que peut-être pour voir vos desseins traversés, La duchesse n'est pas si loin que vous pensez.