VENISE
Ah, cruel souvenir d'un mépris ([ui me tue !
LAURE
Vous n'en seriez pas là si j'avais été crue ; Car vous aimez enfin !
FÉNISE.
Que te dirais-je, hélas !
Je sens des mouvements que je ne comprends pas. Dans mon cœur indigné l'intérêt de ma gloire A mes ressentiments dispute la victoire : En songeant que le duc s'ohstine à me trahir. Pour me venger de lui je le voudrais ha'ir ; El jalouse qu'une au Ire ait son âme enflammée, Pour ne lui point céder, j'en voudrais être aimée. Ainsi lorsqu'à ma haine il semble donner jour, Mon cœur à mon orgueil croit devoir sou amour. Et pour l'oser prétendre, oppose à ma colère Le reproche honteux de n'avoir su lui plaire,
LAURE
Quoi qu'en présume un cœur de colère animé. On est loin de haïr quand ou veut être aimé; Et ce faux sentiment qu'un vain orgueil inspire, S'il déguise l'amour, n'en détruit pas l'empire. Vos feintes, après tout, ne vous avancent pas.
FÉMSE.
La duchesse en ces lieux m'en cause l'embarras; Et tel est mon malheur qu'au point de sa retraite, Pour délivrer Carlos sa passion l'arrête; Il n'est rien que le duc lui voulut refuser.
LAURE
Non, si vous consentez encore à l'abuser; Mais si vous vous aimez, quittez le stratagème. Montrez Fénise au duc, et parlez pour vous-même. Si soudain pour vous plaire on ne lui voit quitter...
FÉNISE.
0 le frivole espoir dont tu m'oses flatter! Après que la duchesse a sur moi l'avantage D'avoir par sa beauté mérité son hommage. Tu veux que ni'exposant à de nouveaux mépris. J'assure un plein triomphe aux yeux qui l'ont sur- LAURE. [pris?
Mais c'est par votre voix qu'il la trouve charmante. C'est elle qui lui plaît, c'est elle qui l'enchante; Et ce charme innocent, toujours victorieux. Par un secret pouvoir fait celui de ses yeux.
FÉNISE.
Ton zèle à son amour impute ce caprice.
LAURE
Pour vous en éclaircir il faut souder Fabrice. Il vient.
FÉNISE.
Que voudrais-tu que ce fou nous apprit.
Dans son extravagance il sait bien ce qu'il dit; Comme le duc l'écoute, il eu sait des nouvelles.