LES ILLUSTRES ENNEMIS, ACTE 1, SCÈNE III
Un de ceux dont l'audace a servi ma colère, S'ira dire à don Sanclic cniployc par mon frère, Afin que par lui seul se croyant affronte, Il détruise un espoir trop longtemps écouté.
ALONSE
Mais il aime sa fille?
ENBIQUE.
Oui, je sais qu'il l'adore; Mais je l'ai déjà dit, et vous le dis encore, A quoi que cet amour put enfin l'obliger, Ce sera le servir que de l'en dégager : Un refus en serait l'indigne récompense.
ALONSE
Pesez mieux un dessein d'une telle importance; Car comment s'assurer sur ces lâches esprits Qui mettent et leur vie et leur honneur à prix'? Leur commerce honteux, quoi que vous puissiez
[croire, Déjà d'un noir reproche a souillé votre gloire ; Et vos emportements qu'on leur voit approuver, Me font craindre pour vous ce qui peut arriver.
ENRIQUE
Et moi, quoi qu'on murmure,et quoi qu'il en puisse Seul de mes actions je veux être le maître; [être, Mais, puisque leur appui vous semble hasardeux, Faites ici pourjnoi ce que j'obtiendrais d'eux. DonSanchevous estime, il vous croit, et j'espère...
ALONSE
Que me proposez- vous"? Moi, trahir votre frère ?
EXRIQUE.
Ce murmure insolent, au mépris des Guzmans, De ce vieillard pour lui fait voir les sentiments; Et, quoi que son amour ait pu lui faire croire. Le rendre sans espoir, c'est assurer sa gloire. Enfin, vous le pouvez, c'est par vous que j'attends L'infaillible succès de ce que je prétends ; Et si votre amitié s'obstine à s'en défendre, [drc. D'autres que vous peut-être oseront l'cntrcpren-
ALONSE
Kon, j'ai pu balancer; mais puisque je connoi Qu'à don Lope par là je signale ma foi. Pour abuser don Sanche, employer l'artifice, N'est pas, à mon avis, une grande injustice : C'est ici qu'il demeure, et je vais de ce pas Lui tendre un piège adroit qu'il n'évitera pas. .\dicu, laissez-moi seul, je vois sa porte ouverte.
ENBIQUE.
Allez ; ne perdons point l'occasion ofîerte : Rendez suspect mon frère, et, s'il en est besoin, Faites-moi de l'outrage et complice et témoin.
ALOXSE, seul.
Oui, lâche et fa'ux ami, j'accuserai ton frère. Mais plus pour le servir, que pour te satisfaire; Et tu verras bientôt par quel heureux détour Sur tes propres conseils j'appuierai son amour. Feignant de t'applaudir, j'empêcherai peut-être... Mais je vois Blanche.
SCEiNE II ALONSE, BLANCHE.
ALOXSE.
Eh bien ! Blanche, que fait ton maître ?
BLANCHE
Vous l'eussiez rencontré quelques moments plus tôt; Tout à l'heure...
ALONSE
Il suffit. Je le verrai tantôt.