‹ Théâtre complet. Nouv. éd., précédée d'une noticeChapitre 326 sur 1518 · SCÈNE I D. LOPE, CASSANDRE, FLORE · texte numérisé non relu

SCÈNE I D. LOPE, CASSANDRE, FLORE

D. LOPE

C'était peu quetoujours son devoirtrop fidèle Contre ma passion eût combattu pour elle. Quand pour la mériter je crois voir quelque jour, Un fier motif d'honneur s'oppose à mon amour; Et quoiqu'à mes soupirs son cœur soit favorable, Cet honneur, ce devoir, tout est inexorable. Dures extrémités! Qui le croirait, ma sœur. Que le ciel me traitât avec tant de rigueur, Que pouvant espérer d'avoir pour moi le père, La vertu de la fille à mes vœux fût contraire. Et seule mil obstacle au plus charmant espoir Que jamais un amant eût droit de concevoir? Je la perds, mais hélas! perdant tout avec elle, La façon de la perdre est pour moi si cruelle. Que toute ma constance et frémit et s'abat Aux menaces d'un coup dont elle craint l'éclat. iCe n'est point un rival dont l'amour préférée iHe dérobe une foi si saintement jurée; Cen'est point un vieillard, dont l'ordre impérieux [Arrache à mon espoir un bien si précieux.

Sans qu'un rivall'yporte, ou qu'un pèrel'ordonne.

Elle-même s'engage, elle-même se donne;

Et, par ce sacrifice à son honneur offert,

Veut être digne au moinsdel'aniant qu'elle perd.

Rigoureuse faveur! Tyrannique maxime!

CASSANDRE

Sa résolution mérite qu'on l'estime;

Et son cœur par l'amour vainement combattu

M'oblige en vous plaignant d'admirer sa vertu.

D. LOPE

Vous devez davantage au trouble de mon âme. Votre amitié, ma sœur, a fait naître ma flamme. Et je n'ai pu la voir si souvent avec vous. Sans voir, sans découvrir cet éclat vif et doux, Cette vertu modeste, et ce rare mérite. Dont le charme à l'amour secrètement invite; Et, de tant de beautés voyant l'illustre appas, Puisquej'avais un cœur, pouvais-je n'aimer pas? Ainsi, quelques ennuis où cet amour m'expose, M'ayant laissé la voir, vous en êtes la cause; Et pour moi vos bontés agiraient Lâchement, De plaindre en moi le frère, et négliger l'amant. Voyez-la donc, ma sœur, cette fille adorable, Montrez-lui ce respect toujours inébranlable, Ce feu tenu secret avecque tant de soin. Qu'il n'a souffert que vous jusqu'ici de témoin; Mais c'est ce qui me perd, sans ce fâcheux silence Alonse en eût reçu l'entière confidence, Et ne m'eût pas réduit par ses cruels avis A mourir de douleur si je les vois suivis. C'est lui, niasœur, c'est lui qui propose à don Sanche Cet odieux hymen où l'un et l'autre penche; Mais si mon désespoir doit enfin éclater, Pour mon rival peut-être il est à redouter.

CASSANDRE

Quoique de ses avis vous ayez à vous plaindre. Voyez-le cet Alonse avant que d'en rien craindre; Il vous cherche partout avec empressement.

D. LOPE

C'est à votre prière? Avouez franchement.

CASSANDRE

Vous pourrez de lui-même apprendre le contraire.

D. LOPE

Votre hymen près de lui me rend injuste frère; Et les biens de Fernand n'ayant pu vous charmer, C'est moi qui vous con trai ns, c'est moi qu'il fan t blà- CASSA.NDRE. [nicr?

S'il vous peint mon malheur comme un malheur ex-

[trême, C'est sur ce que Fernand en dit tout hautlui-même. Qui tenant et l'amour et l'hymen à mépris, iN'eùt jamais rien conclu s'il n'eût été surpris, [dre Encor tout denouveauj'apprends qu'il s'ose plain- Qu'Enriqueàcethymen luiseull'a su contraindre, Et que sa violence et son emportement L'ont forcé par surprise à cet engagement. Il le fait bien paraître; on a pris la journée Oui doit hàler ma mort par ce triste hyménée; Dausdeuxjours mou mal heur sous seslois me réduit,

LIÎS ILLUSTRICS ENNEMIS, ACTE II, SCÈNE H.

Kt, bion loin de mo voir, il semble qu'il nie luit.

Si,iiouruiicinailrc?scil porte un cœur sans llaiiunc,

(Juel amour espérer quand je serai sa femme ?

N'importe, c'en est fait; ayant reçu sa foi.

Un bâche repentir est indigne de moi ;

Et de tous les malheurs, un cœur qui se possède,

Dans sa propre vertu voit toujours le remède.

D. LOPE

Ce sentiment, ma sœur, est bien digne de vous. Je sais que de tous temps vous fuyez un époux, Et votre aversion nous a trop fait paraître Que vous craignez en lui de ne trouver qu'un maître. J'ai parlé i)our Fernand, mais sachez aujourd'hui Que votre intérêt seul m'a fait parler pour lui. Enrique est violent, et voyant qu'il vous traite, Malgré tous mes avis, moins en sœur qu'en sujette ; Appuyant uu hymen qu'on l'a vu rechercher, Au pouvoir d'un tyran j'ai cru vous arracher, Et qu'enfin dans le choix d'un sort toujours contraire ■Voussoulfririez plutôt d'un époux que d'un frère; Je vous ai donc pressée et je vois à regret Que j'ai lieu de m'en faire un rciiroche secret. La froideur de Fernand me surprend et m'afflige ; Mais, à quoi que pour vous la nature m'oblige, Lui faire proposer de rompre cet accord, Serait porter Eurique à conspirer sa mort. Mais, dieux! Vois-je Jacinte, ou si mon œil s'abuse?

CASSANDBE.

Les différends sont doux qui font naître une excuse.

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