LES ILLUSTRES ENNEMIS, ACTE II. SCÈNE VU
D. ALVAn.
Je cherche ici Cassandre, excusez mon transport : Mais fuit-elle ma vue, ou si c"est qu'elle dort? {A Cassandre.)
Madame, c'est donc là cette innocente joie, Qu'au retour d'un amant, une amante déploie? Faut-il qu'après deux ans, et d'absence et de maux... CASSAXDRE, comme en pâmoison.
Laisse-moi, don Alvar, un moment en repos.
D. ALVAR
Hélas! De cet accueil que faut-il que j'augure"?
JAr.INTE.
C'est un léger accès, ne craignez pas qu'il dure. Il va donner relâche à ses sens assoupis.
D. ALVAR
Ouvrez les yeux, madame, et voyez que je vis.
CASSANDRE, OH pâmoison.
Songes-tu que deux ans m'ont trop justifiée, El que, veuve de toi, je me suis mariée?
D. ALVAB.
Que dit-elle, ma sœur?
JACIXTE.
Elle revient à soi.
CASSANDRE
Jacinte, hélas ! Où suis-je,et qu'est-ce queje voi.
JACIXTE.
Reprenez vos esprits.
CASSANDRE
Et les puis-je reprendre, Si je vois ce qu'enfin je ne saurais comprendre? Don .\lvar vivrait-il ?
D. ALVAR
Apprenez-moi son sort.
Vous le savez vous seule; est-il vivant ou mort? Je sais que sur un banc échappé du naufrage. Échappé des rigueurs d'un étroit esclavage, Le ciel qui l'en sauva le renvoyait au jour; Mais vivrait-il encor s'il n'a plus votre ameur? Parlez, madame.
CASSANDRE
Hélas !
D. ALVAR
Soupirer et se taire?
Ah, ma sœur !
CASSANDRE
Que dit-il ? Don Alvar votre frère?
JACINTE
Oui, vous voyez ce frère...
D. ALVAR
Ah ! C'est trop me gêner.
Dites-moi ce qu'enfin je n'ose deviner.
J'eustortdevousquitter;vous seriez-vous vengée? Ln autre est-il heureux ? Ètes-vous engagée?
CASSANDRE
Vous vivant, dites-moi comment je l'avouerai ? Mais le puis-je nier, s'il n'est rien de plus vrai ?
D. ALVAR
Quoi, plus d'espoir pour moi ?
CASSANDRE
La parole est donnée.
Et ma main dans deux jours achève l'hyménéc.
D. ALVAR
Ce terme peut encor rétablir mon bonheur.
CASSANDRE
Ce terme est peu de chose à qui chérit l'honneur.
D. ALVAR
Et vous m'avez aimé?
CASSANDRE
Mon heur serait extrême D'oser dire j'aimai, sans pouvoir dire, j'aime.
D. ALVAR
Ah ! S'il vous reste encor...
CASSANDRE
Ne me demandez rien.
Je sais ce que se doit un cœur comme le mien. Tant que votre retour flatta mon espérance, En vain l'on essaya d'ébranler ma constance. Le bruit de votre mort a dégagé ma foi, Ilvousperd, il me perd, plaignez-vous, plaignez- Ou plutôt, pour sauverl'éclat devolre gloire, [moi. Achetez par l'absence une illustre victoire. D'un feu jadis si beau perdez le souvenir, Et fuyez un objet qui peut l'entretenir. Adieu. Vous me perdez si mes frères surviennent. D. ALVAR. [tiennent.
Que ne rompez-vous donc les nœuds qui me re-
CASSANDRE
Je les crois toujours voir, tirez-moi de souci.
D. ALVAR
Hé bien, si vous craignez de me parler ici,
Au moins faites qu'ailleurs je puisse vous appren-
CASSANDRE. [drC...
Ne pouvant rien pour vous,je ne dois rien entendre. Je ne vous verrai plus.
D. ALVAR
Comment donc, vous quitter?
CASSANDRE
Le péril croit toujours ; c'est trop vous écouter, Je me retire.