‹ Théâtre complet. Nouv. éd., précédée d'une noticeChapitre 332 sur 1518 · LES ILLUSTRES ENNEMIS, ACTE II. SCÈNE VU · texte numérisé non relu

LES ILLUSTRES ENNEMIS, ACTE II. SCÈNE VU

D. ALVAn.

Je cherche ici Cassandre, excusez mon transport : Mais fuit-elle ma vue, ou si c"est qu'elle dort? {A Cassandre.)

Madame, c'est donc là cette innocente joie, Qu'au retour d'un amant, une amante déploie? Faut-il qu'après deux ans, et d'absence et de maux... CASSAXDRE, comme en pâmoison.

Laisse-moi, don Alvar, un moment en repos.

D. ALVAR

Hélas! De cet accueil que faut-il que j'augure"?

JAr.INTE.

C'est un léger accès, ne craignez pas qu'il dure. Il va donner relâche à ses sens assoupis.

D. ALVAR

Ouvrez les yeux, madame, et voyez que je vis.

CASSANDRE, OH pâmoison.

Songes-tu que deux ans m'ont trop justifiée, El que, veuve de toi, je me suis mariée?

D. ALVAB.

Que dit-elle, ma sœur?

JACIXTE.

Elle revient à soi.

CASSANDRE

Jacinte, hélas ! Où suis-je,et qu'est-ce queje voi.

JACIXTE.

Reprenez vos esprits.

CASSANDRE

Et les puis-je reprendre, Si je vois ce qu'enfin je ne saurais comprendre? Don .\lvar vivrait-il ?

D. ALVAR

Apprenez-moi son sort.

Vous le savez vous seule; est-il vivant ou mort? Je sais que sur un banc échappé du naufrage. Échappé des rigueurs d'un étroit esclavage, Le ciel qui l'en sauva le renvoyait au jour; Mais vivrait-il encor s'il n'a plus votre ameur? Parlez, madame.

CASSANDRE

Hélas !

D. ALVAR

Soupirer et se taire?

Ah, ma sœur !

CASSANDRE

Que dit-il ? Don Alvar votre frère?

JACINTE

Oui, vous voyez ce frère...

D. ALVAR

Ah ! C'est trop me gêner.

Dites-moi ce qu'enfin je n'ose deviner.

J'eustortdevousquitter;vous seriez-vous vengée? Ln autre est-il heureux ? Ètes-vous engagée?

CASSANDRE

Vous vivant, dites-moi comment je l'avouerai ? Mais le puis-je nier, s'il n'est rien de plus vrai ?

D. ALVAR

Quoi, plus d'espoir pour moi ?

CASSANDRE

La parole est donnée.

Et ma main dans deux jours achève l'hyménéc.

D. ALVAR

Ce terme peut encor rétablir mon bonheur.

CASSANDRE

Ce terme est peu de chose à qui chérit l'honneur.

D. ALVAR

Et vous m'avez aimé?

CASSANDRE

Mon heur serait extrême D'oser dire j'aimai, sans pouvoir dire, j'aime.

D. ALVAR

Ah ! S'il vous reste encor...

CASSANDRE

Ne me demandez rien.

Je sais ce que se doit un cœur comme le mien. Tant que votre retour flatta mon espérance, En vain l'on essaya d'ébranler ma constance. Le bruit de votre mort a dégagé ma foi, Ilvousperd, il me perd, plaignez-vous, plaignez- Ou plutôt, pour sauverl'éclat devolre gloire, [moi. Achetez par l'absence une illustre victoire. D'un feu jadis si beau perdez le souvenir, Et fuyez un objet qui peut l'entretenir. Adieu. Vous me perdez si mes frères surviennent. D. ALVAR. [tiennent.

Que ne rompez-vous donc les nœuds qui me re-

CASSANDRE

Je les crois toujours voir, tirez-moi de souci.

D. ALVAR

Hé bien, si vous craignez de me parler ici,

Au moins faites qu'ailleurs je puisse vous appren-

CASSANDRE. [drC...

Ne pouvant rien pour vous,je ne dois rien entendre. Je ne vous verrai plus.

D. ALVAR

Comment donc, vous quitter?

CASSANDRE

Le péril croit toujours ; c'est trop vous écouter, Je me retire.

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