‹ Théâtre complet. Nouv. éd., précédée d'une noticeChapitre 350 sur 1518 · SCÈ.NE II D. LOPE, D. ALVAR · texte numérisé non relu

SCÈ.NE II D. LOPE, D. ALVAR

D. LOPE

Me reconnaissez-vous '?

D. ALVAR

Je vous allais chercher ; Et quelque rigoureux que mon destin se montre, Je lui suis obligé d'une telle rencontre.

D. LOPE

Quoi, croyez-vous ainsi pouvoir impunément Braver et ma colère et mon ressentiment? 11 ne vous souvient plus que l'honueurvous convie De fuir un ennemi dont vous tenez la vie ?

D. ALVAB.

Cette obligation est dans mon souvenir.

J'en ai donné parole et saurai la tenir.

Me chercher n'en est pas une preuve trop forte.

D. ALVAR

C'est pour mieux l'observer que j'agis de la sorte.

D. LOPE

Mais vous n'ignorez pas qu'un devoir assez fort M'oblige sans réserve à vouloir votre mort ?

D. ALVAR

Je connais ce devoir; maisqu'ai-je lieu d'en craindre Quand je viens le surprendre, et non pas le contrain- Et qu'à votre courroux j'épargne en ce projet [dre, La honte d'éclater contre un indigne objet ?

LES ILLUSTRES ENNEMIS, ACTE IV, SGftNE IV.

D. I.Ûl'E.

Ce discours est obscur.

D. ALVAR

Pour vous le faire cnlendre, Oyez par un billet ce que je viens (l'aiipreudro. Un injuste ennemi, par un noir alluntat, Envieux de ma gloire eu a terni l'éclat : L'outrage par le sang ne s'efface qu'à peine ; On m'en donne l'avis, voilà ce qui m'amène.

D. LOPE

Et que pensez-vous faire?

D. ALVAn.

En pouvez-vous douter?

Et dans de tels malheurs a-t-on à consulter? Je ne balance point, quelle que soit l'offense, Tout mon sang indigné m'en demande vengeance; Mais ce bien, le plus grand qu'on puisse concevoir, Don Lope, c'est à vous que Je le veux devoir. Quoique mon ennemi, j'ai peu de peine à croire Quel'appui de mes jours 'le sera de ma gloire : Et le moyen aussi de juger d'un grand cœur Qu'il fit tout pour ma vieet rien pour mon honneur? J'ose donc vous revoir, saus qu'un respect frivole Me fasse appréhender de manquer de parole, Puisque loin de braver votre juste courroux. J'en recule l'effet moins pour moi que pour vous. J'ai promis de vous fuir, mais je veux que ma fuite D'un si grand ennemi mérite la poursuite : Et n'auriez-vous pas lion, si je fuyais ainsi. De dédaigner un sang par un autre noirci ? On m'a fait un affront, j'ai tué votre frère; [ciièrc; La vengeance à tous deux aujourd'hui nous est Mais, quoi qu'en ce rencontre elle ait pour vous d'ap- Si vous la différez, vous ne la perdez pas. [pas. Devenons donc amis, tant que le sang d'un lâche De ma gloire obscurcie ait effacé la tache, Et que par son trépas mon honneur affermi, Je puisse mériter d'être votre ennemi.

Je dois avoir pour vous une trop pure estime, Pour vouloir abuser d'un cœur si magnanime ; Ma vengeance est la vôtre, et je n'en suis jaloux Que pour rendre mon sang moins indigne devons.

D. LOPE

Je ne sais que répondre, et c'est par mon silence Que vous laissant juger de tout ce que je pense. Je crois mieux expliquer dans mon sort rigoureux Ce que peut la vertu sur un cœur généreux ; Mais où cette vertu me va-t-elle réduire ? Vous savez m'obliger quand je cherche à vous nuire, Et pressé d'un devoir que je n'ose trahir, Je vois que vous m'ôtez le droit de vous haïr. Ce devoir toutefois que presse la nature, Se trahirait soi-même à souffrir votre injure, Il y prend intérêt; et dans votre ennemi, Parun dessein bizarre, il vous donne un ami : Je le suis, j'en fais gloire; et d'un aveugle zèle, En tous lieux, contre tous, je prends votre querelle. A venger votre affront servez-vous de mon bras, Un ami tel que moi ne vous manquera pas;

Mais cet alfront vengé, mon cœur, quoiqu'avec Déiioiiille l'amitié pour reprendre la haine; [[leine, Et l'intérêt d'un frère est un respect trop fort Pour n'oser voir en vous que l'auteur de sa mort.

D. ALVAU.

Au moins dans cet instant que l'amitié reçue Tient pour moi dans ce cœur la haine suspendue. Souffrez qu'impatient de m'acquitter vers vous, D'un ami si parfait j'embrasse les genoux, [vie? Hendrais-je un moindre hommage à qui je dois la Mais ou veut vous parler, ou bien l'on vuus épie.

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