‹ Théâtre complet. Nouv. éd., précédée d'une noticeChapitre 357 sur 1518 · SCÈNE X D. SANCHE, D. ALVAR, JACliNTE, BLANCHE · texte numérisé non relu

SCÈNE X D. SANCHE, D. ALVAR, JACliNTE, BLANCHE

D. SANCIIE.

Dis-lui, dis-lui, ma fille.

Cet afTront si honteux à toute ma l'amille; Et si dans mes ennuis tu veux me soulager. Nomme-lui l'ennemidont je doisme venger, [me. Quand l'outrage est mortel, qu'il vajusqu'àl'extrê- C'est s'en faire un nouveau que l'expliquer soi-mê- Par ces tristes soupirs l'un par l'autreîpressés, [me: Épargne cette honte à qui rougit assez. Tu te tais; oui, ma 1111c, à conter mon injure Ton sang pourrait du mien contracter la souillure, Il est encor sans tache ; et ton père affronté N'en corrompt pas sitôt toute la pureté. Défends-toi, j'y consens, d'un récit qui t'outrage. Si ton refus me gène, il montre ton courage. Tu ne peux l'abaisser à parler d'un affront Dont par moi l'infamie éclate sur ton front; Mais, s'il faut que moi-même enfin je le déclare. Mon fils, souffre un moment que mon cœur s'y pré- BLANCHK. [pare.

Son fils, madame?

JACINTE

Oui, Blanche.

BLANCHE

Odieux! Que ferons-nous? 11 escortait don Lope, il sait le rendez-vous.

JACINTE

Que dis-tu? C'était lui qui lui servait d'escorte?

BLANCHE

Lui-même.

D. ALVAU.

Enfln,jecèdeau soupçon qui m'emporte; Parlez, ou je croirai. ..

D. SANCHE

Crois tout ce que lu peux, L'affront dont je rougis est cncor plus honteux. Connais-tu lesGuzmans?

D. ALVAR

Oui, ce nom est illustre.

D. SANCHE

L'un d'eux par mon oflcnsc en a terni le lustre; Don Lope... Enfin, c'est fait, j'ai nommé l'offenseur.

D. ALVAR

Quoi ? don Lope...

1>. SANCllE.

Ah ! mon fils, daigne épargner la sœur; ■Vois comme li'op sensible à l'outrage d'un père. Le nom d'un ennemi reutlamme de colère :

Vois de quels mouvements son cœur est combattu, Et, plaignant ma disgrâce, admire sa vertu.

J'en suis surpris sans doute encor plus que vous Don Lope... [n'êtes.

I). SANCHE

Vois son trouble au nom que tu répètes, Et juge, à ces effets de haine et de courroux, Si j'ai <\\\ consentir d'en faire son époux : On me l'a l'ait promettre, et j'ai feint...

JACINTE

Ah ! mon père !

D. SANCHE

Non, quand ce seul moyen me pourrait satisfaire, Ne crois pas, quelque éclat que mon malheur ait eu, Que j'abuse jamais de ton trop de vertu. Je sais que tu le hais; je sais que la vengeance T'ayant mis dans le cœur toute sa violence, Tu souffrirais bien plus à lui donner la main. Qu'à lui plonger toi-même un poignard dans le sein. .\ ces grands mouvements abandonne ton àme; Donnes-toi toute entière à l'ardeur qui t'enflamme-. Et s'il faut...

D. ALVAR

Cet avis ne nous rend pas l'honneur.

Mon père, et vous gênez la vertu de ma sœur.

D. SANCHE

Ah ! si tu connaissais quel noble sacrifice...

D. ALVAR

Elle sait de nous deux qui lui rend mieux justice.

JACINTE

L'apparence, mon frère, est trop à soupçonner...

D. ALVAli.

Il n'est pas temps, ma sœur, de rien examiner.

D. SANCHE

Oui, c'est trop en effet lui dérober la joie Que lui permet le ciel au bonheur qu'il m'envoie. Étouffe ce chagrin où ton cœur s'est plongé; Encore un peu, ma fille, et ton père est vengé.

JACINTE

Vous, mon père ? Et de qui?

D. SANCHE

De cet ennemi même Dont pour toi le nom seul est un supplice extrême. Crois-le déjà sans vie; et, par un doux transport, Tâche de t'avancer le plaisir de sa mort. Peins-lc-loi tout sanglant, blessure sur blessure. Par son dernier soupir expiant notre injure. Repais de cette image...

D. ALVAR

Elle a beaucoup d'appas; Mais il périt en vain s'il ne vous venge pas.

D. SANCHE

S'il ne me venge pas? Apprends, apprends l'offen-

Et sache que lui-môme a réglé ma vengeance; [se,

Si je ne la veux perdre, il le faut imiter.

Par des gens apostés il m'a fait affronter;

Et lorsque pour ma gloire il doit cesser de vivre.

Son exemple est pour moi le seul exemple à suivre.

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