ALVAR. [pable
Quoi, ne savez-vous pas qu'il vous en croit cou-
E>. LOPE
Oui, je sais qu'il le croit, mais aussi je sais bien,
Quoiqu'il vous en ait dit, que vous n'en croyez rien.
Votre sang cette nuit exposé poui' ma vie,
M'a trop justifié de cette calomnie;
Et sachant son affront, loin de me secourir.
Qui m'en eût cru l'auteur m'aurait laissé périr.
D. ALVAR
Je l'eusse fait sans doute; et j'aurais dû le faire, Puisqu'enfin je souscris aux sentiments d'un père. Apporter quelque obstacle à ce qu'il a tenté, C'est l'accuser d'erreur, et non de lâcheté. 11 faut, quoique d'abord un grand cœur s'en offense, Pour le dernier affront la dernière vengeance : L'assassinat est juste où l'outrage est sanglant, Et le meilleur remède est le plus violent.
D. LOPE
Puisque votre suffrage en ma faveur s'explique, Quel crime est donc le mien?
D. ALVA»
L'opinion publique.
C'est peu pour négliger un devoir si pressant, Que mon cœur en secret vous déclare innocent ; A l'erreur du public c'est peu qu'il se refuse, Vous êtes criminel tant que l'on vous accuse: Et mon honneur blessé sait trop ce qu'il se doit, Pour ne vous pas punir de ce que l'on en croit.
D. LOPE
Quoi, sur un bruit si faux...
D. ALVAR
Vous m'en devez répondre :
Avant que vous revoir j'ai voulu le confondre, Mais en vain en tous lieux je me suis informé ; On ne nomme personne, ou vous êtes nommé. J'affaiblis ma vengeance à la voir différée. Sortons.
D. LOPE
Et l'amitié que vous m'aviez jurée ?
D. ALVAR
Telle est de mon honneur l'impitoyable loi ; Loin qu'un ami l'arrête, il n'a d'yeux que pour soi. Et dans ses intérêts toujours inexorable. Veut le sang le plus cher au défaut du coupable.
D. LOPE
S'il faut donner le mien, changezau moins l'arrêt, Qu'aimer soit toutmon criraeet levoici toutprêt. Oui, punissez en moi ce respect téméraire,