‹ Théâtre complet. Nouv. éd., précédée d'une noticeChapitre 37 sur 1518 · D. FÉLIX, ISABELLE, BÉATRIX, ALONSE · texte numérisé non relu

D. FÉLIX, ISABELLE, BÉATRIX, ALONSE

IS.^BELLE, arrêtant D. Félix.

La suivre devant moi !

Don Félix, est-ce Sinsi qu'on me garde sa foi? Quand les traits imposteurs d'une main trop hardie M'ont accuse vers vous de quelque perfidie, Au moins ai-Je tâché de ne rien oublier De ce que j'ai cru propre à me justifier : Cependant non content de quitter Isabelle, Vous brûlez à ses yeux d'une flamme nouvelle. Je ne vous retiens plus, suivez ce cher objet. Abandonnez votre àme à son lâche projet : Mais si d'un oeil nouveau vous adorez les charmes, A quel dessein tantôt faire tant de vacarmes, D'un affront supposé me demander raison"? Cherchiez-vous un prétexte à votre trahison? El pour la pouvoir rendre envers moi légitime, Fallait-il me charger la première d'un crime?

D. FÉLIX

Par ce discours adroit d'un esprit irrité,

Vous cherchez à couvrir votre infidélité :

Mais puisque sans raison vous doutez de ma flamme;

Que ne me laissiez-vous arrêter cette dame?

Elle aurait dissipé cette frivole peur

Qui d'un œil inconnu me fait l'adorateur,

Et m'eût ici servi de témoin bien fidèle,

Que j'ignore son nom, loiu de brûler pour elle.

Le ciel s'étant pour vous montré si libéral, Qu'en rares qualités vous n'avez point d'égal, Peut-on avec raison s'étonner que les dames Cédant au doux effort de leurs secrètes flammes, Sans se faire connaître à l'envi chaque jour Viennent secrètement vous faire ici la cour?

D. FÉLIX

Vous me rendez le change, et de fort bonne grâce : Mais où l'amour se tait, la pitié trouve place.

Puisqu'on vient m'averlir sous ce déguisement Que l'on ne peut en moi vous souffrir un amant; El que rindiguc ardeur d'une jalouse envie Fail armer deux rivaux pour m'arracher la vie.

Quel que soit l'intcrôt qui les puisse engager, Voyez ce que j'ai fait, et daignez en juger : Car enfin, sans respect ni crainte de mon père. Sans avoir écoulé ma première colère.

Hasarder mon honneur pour venir jusqu'ici Rendre sur un soupçon votre esprit éclairci. Faire en votre faveur une tache à ma gloire. Quoi qu'un billet sans nom vous ait pu faire croire, C'est vous montrer assez que je n'ai point de part Dans un engagement qu'a produit le hasard : Persister maintenant avec mémo injustice A suivre obstinément votre jaloux caprice : Pour vous en retirer, j'ai voulu cette fois Oublier qui je suis et ce que je me dois : Mais il n'est pas nouveau qu'en pareille occurrence, Qui va pour obliger rencontre qu'on l'olTense. Adieu. Gouvernez bien vos nouvelles amours. Sans craindre qu'on m'en voie interrompre le cours; Bien loin de m'en fâcher, ma joie en est extrême. Et pour mieux être à moi, je vous rends à vous- D. FÉLIX. [même.

Oui, je suis criminel, je trahis vos appas. Mais toutes ces raisons ne vous excusent pa3, Puisqu'avant que ma foi pût être soupçonnée, Votre âme au changement s'était abandonnée. Et que vous me traitiez avec tant de rigueur, Qu'un rival avec moi partageait votre cœur.

Si bien qu'à voire avis il est fort légitime Qu'une illusion pure en moi passe pour crime: Et quoi qu'en doive ici présumer mon courroux. Un parjure évident n'est point crime pour vous?

Est-ce une illusion qu'en une nuit obscure. Et dans une heure propre à semblable aventure, Un silence profond faisant tout croire aisé. Trouver à votre porte un homme déguisé?

Et renconlrer chez vous en plein jour une dame. Qui vient vous faire part des secrets de son âme, Vous voir plein de surprise et de confusion Rougir à mon abord, est-ce une illusion?

D. FÉLIX

Un cavalier vous sert.

Une dame vous aime.

D. FÉLIX

Mais je ne sais qui c'est.

Je l'ignore de même.

D. FÉLIX

Je ne l'ai jamais vue.

Autant en est de moi.

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