SCÈNE II EL'VIRE, CÉLIE
ELVIRE
Notre adresse, Célie, enfin a réussi.
CÉLIE
J'ignore cà qu«l dessein vous en usez ainsi. Pourquoi de ce combat vous mettre tant en peine, Si ce qu'on vous a dit rend votre crainte vaine? Ces rivaux ennemis ne sont-ils pas d'accord?
ELVIRE
Oui, devant toi, Célie, on m'a fait ce rapport; Mais c'est ici qu'il faut que ma feinte s'explique. Sous quel autre prétexte appeler don Fadrique?
CÉLIE. [besoin,
Bon pour lui : mais pourquoi, sans qu'il en soit Vous cacher d'Isabelle avec autant de soin? Devriez-vous l'employer sans lui faire connaître L'amour que don Fadrique en votreâmea fait naître? Ces fréquents rendez-vous, vos secrets entreliens?
ELVIRE
Exposer ma faiblesse à d'autres yeux qu'aux tiens. Et par ce lâche aveu rendre ma honte extrême. Avant que d'avoir su si don Fadrique m'aime? Non, non, c'est uu secret qui ne doit voir le jour Que quand je ne pourrai douter de sou amour.
CÉLIE
Mais puisqu'à l'éprouver vous êtes résolue, Pourquoi dès aujourd'hui presser cette entrevue?
ELVIRE
Pourvoir si ce matin il m'a voulu flatter. Lorsqu'on nous séparant il m'a su protester Qu'aux soins passionnés d'un amour invi.-ible Mon seul engagement l'avait rendu seusible. Enfin il est rompu ce triste engagement. Qui me fit accepter don Lope pour amant : Don Fadrique le sait, et je brûle d'apprendre [dre. Quels sentiments pour moi cette mort lui faitpren-
Vous vous déclarerez s'il répond à vos feux?
ELVIRE
L'amour d'une inconnue a mérité ses vœux,
Il la doit mépriser s'il veut montrer qu'il m'aime.
CÉLIE
Mais l'inconnue enfin n'est autre que vous-même.
ELVIRE
llestvrai; maisl'amour, cetorgueillcux vainqueur, Ne veut devoir qu'à soi la conquête d'un cœur. Et du plus beau triomphe il dédaigne la gloire. Quand il voit la surprise établir sa victoire : Ainsi, pour m'assurer pleinement de sa foi. S'il m'ose ici jurer qu'il n'adore que moi, Avant que lui montrer mon àme toute nue, Je veux jouer encor mon rôle d'inconnue.
CÉLIE
S'il vous eu conte alors?
ELVIRE
Alors pour le punir...
Mais Je me trompe fort, ou je l'entends venir.