SCÈNE VI LE ROI, EDOUARD, ENRIQUE, S.\NCHE
SUITE DU ROI ET D'ÉDOU.iRD.
ÉDOU.^RD.
Sire, mon ordre est su de votre majesté. Le prince Fédéric dont je soutiens la cause. Vous fait parler de paix, et je vous la propose.
LE ROI
Il ne peut la traiter avec plus de splendeur. Si l'infant de Sicile en est l'ambassadeur. Prince, ne cachez plus cequ'on a pu connaître.
Puisque je suis connu, je fais gloire de l'être. L'honneur me le commande, il lui faut obéir ; Et dût la foi publique en ces lieux me trahir, La gloire d'être prince à mon cœur est trop chère Pour n'en pas avouer le noble caractère.
LE ROI
0 d'un cœur vraiment haut illustres sentiments!
EDOUARD
La vertu n'autorise aucuns déguisements.
LE ROI
Que n'ose Fédéric en rendre témoignage!
EDOUARD
C'est le rendre assez grand qu'oublier son outrage. Et tout prêt par la force à s'en faire raison, iNe se pas souvenir d'une injuste prison.
r.E ROI, n Enrique.
Faites venir le prince. Attendant qu'il paraisse, Quelque jnste soupçon que sa feinte me laisse, Je veux bien condamner ces maximes d'État Qui m'ont peint sa victoire ainsi qu'un attentat; Et quoiqu'un ennemi soit l'auteur de ma perte. Me plaindre seulement du ciel qui l'a soull'erte; Mais, si pour le noircir d'un reproche éternel. Son triomphe sanglant n'a rien de criminel, A quoi bon Fédéric, déguisant sa naissance, D'un honteux désaveu souiller son innocence? De quelle vaine peur ce prince combattu Ose-t-il renoncer à sa propre vertu?
On le voit parmi nous en ternir tout le lustre, Fédéric, ce seul nom est ce qu'il a d'illustre; Et tout son procédé le dément à tel point. Qu'en lui je cherche un prince et ne l'y trouve point.
Ou la haute vertu n'est point ici connue, Sire, ou de passion votre âme est prévenue, Puisqu'entin Fédéric, pour être malheureux, Ne saurait cesser d'être et grand et généreux.
LE ROI
Comme de la vertu le pouvoir est extrême, Je lui rendrais justice en mon ennemi même; Elle ne peut jamais rien perdre de son prix; Et je vous l'avouerai, Fédéric m'a surpris. Du bruit de ses exploits mon âme trop charmée, .\ttendait qu'il remplit toute sa renommée. Quand à l'aspect d'un roi qu'il trouble en ses États, Ce cœur toujours si haut a paru lâche et bas. Et laisse sans obstacle emporter la balance A l'indigne frayeur de ma juste vengeance.
EDOUARD
Si son cœur jusque-là s'est osé démentir. Qu'à cette indigne crainte il ait pu consentir. Si la vie est un bien qu'à l'honneur il préfère, Ce lâche Fédéric ne peut être mou frère; Et l'heur de la Sicile est trop grand sous nos lois, Pour voir un sang impur dans celui de ses rois.
LE HOI
Aussi lorsque j'ai vu qu'un honteux stratagème... Mais le voici qui vient.