ÏIMOCUATE, ACTE I, SCÈNE II
MCANDRE.
Mais au moius dans l'heur de vous revoir, Ps'c me refusez pas ce que je dois savoir. Si votre éJoiguemcnl nous parut un peu rude, Je n'en pus accuser que notre ingratitude, Puisque par vous deux fois cet État défendu, Ayant reçu beaucou]), vous avait peu rendu. Parlez donc, Cléomène; et, si dans cet empire Il est quelques honneurs où voire cœur aspire, Pour réparer l'outrage...
CLÉOMÈNE
Ah, de griàce, seigneur.
Arrêtez un discours qui blesse mon honneur. Si l'on croit dans Argos que j'ai l'àmc si basse, Qu'un intérêt honteux m'y retienne ou m'en chasse, Peut-être y muntrerai-je avant un jour ou deux. Qu'une mort éclatante est le prix que j'y veux.
NICAriURE.
Quoi, de nos ennemis souhaiter l'avantage Quand à nous secourir la gloire vous engage? Vous-même avecque vous c'est n'être pas d'accord.
CLÉOMÈNE
Tel est l'injuste effet des caprices du sort. Son ordre aveuglément contre nous se déploie : Il me chassa d'Argos, c'est lui qui m'y renvoie; Forcé par ces décrets je l'eviens en ces lieux. Ne me demandez point que je m'explique mieux. Seigneur, un tel secret m'est de telle impoi'tance, Que la reine elle-même excuse mon silence.
KICANDRE.
J'aurais tort d'aspirer à plus qu'elle n'a su.
CLÉOMÈ.NE.
J'oubliais cependant l'ordre que j'ai reçu. Avec vous eu ce lieu j'ai charge de l'altendrc; Les princes d'autre part sont mandés pour s'y ren- Je vous en donne avis. [dre.
NIGANDUE.
Quel malheur survenu Vent que sur l'heure ainsi le conseil soit tenu?
Quoi, vous ignorez donc l'audience secrète Que lui l'ait demander l'ambassadeur de Crète?
KICANDRE.
L'ambassadeur de Crète? Ah! Vous me surprenez.
CLÉOMÈNE
Pour sa réception les ordres sont donnés;
Ou l'allait faire entrer quand j'ai quitté la reine.
KICANDKE.
Quel qu'en soit le dessein, l'ambassadeur me gène; Et d'un vieil ennenii tout doit être suspect.
CLÉOMÈNE
Puis-je être curieux sans perdre le respect. Seigneur? Tout me surprend; et j'ai peine à com-
[prcndre Ce qu'un bruit fort confus m'a voulu faire en tendre. Quand je partis d'Argos, sur le commun rapport, Du prince Timocralc on y croyait la mort. Déjà depuis quatre ans l'àmc aux soupirs ouverte, Démocharc, son père, en regrettait la perte;
Et ce vieux roi de Crète accablé de douleur. Paisible en ses Liais, déplorait son malheur. Ceiiendant aujourd'hui par un sort tout contraire, Je vois ce fds cru mort au trône de son père; Et d'autres sentiments appuyant ses projets, Je rencontre la guerre oii j'ai laissé la paix.
NICANDRE
Si de ces nouveautés votre esprit est en peine, Eaites réflexion sur celle vieille haine, Qui cent fois de nos mers a l'ait rougir les eaux Par le sang le plus pur et de Crète et d'Argos; Tant qu'enfin le l'eu roi combattant Démochare, Fait par lui prisonnier, périt chez ce barbare. La reine hors d'état de venger son époux, Sur l'olTre de la paix déguise son courroux, Et d'un lel attentat dissimulant l'ofTense, Pour mieux l'exécuter, recule sa vengeance. Elle arme toutefois, mais les Messéniens, Osant renouveler des débals anciens, [tendre. Nous font changer bientôt, pour vouloir trop pré- Le dessein d'attaquer au soin de nous défendre. Je ne parlerai point des différents combats Qu'enfin après deux ans termina votre bras. Quand l'issue en étant pour nous trop incertaine. Le ciel nous envoya l'illustre Cléomène, Par qui jusqu'en ses porls l'ennemi repoussé, A ses prétentions eut bientôt renoncé.
Nous voyant affranchis d'une guerre si rude, La reine que pressait sa vive inquiétude, Voulut, pour apaiser les mânes d'un grand roi. De ses armes en Crète aller porter l'effroi. Vous sûtes ce dessein ; et quoique votre absence D'une prompte victoire an'aiblit l'espérance. Chacun ambitieux du nom de bon sujet, Embrasse avidement ce glorieux projet.
Démochare surpris, et saisi d'épouvante.
D'un faible et vain effort trouble notre descente; Tout fait jour, tout nous cède, il se retire, il fuit, Enfiés de ce succès nous en cherchons le fruit; Et maîtres en dix jours de la moitié de l'île, Nous l'allions assiéger dans sa dernière ville, Si, cherchant à périr du moius avec éclat, Il ne fût ]ias venu nous offrir le combat. Il se donne sanglant, et déjà pleins de gloire Nous cherchions par sa prise une entière victoire. Quand nous voyous deloin, pour en romprele cours, Des escadrons épais voler à son secours. Soudain à cet aspect son camp de joie éclate; Ensuite l'on entend le nom de Timocrate, Dont l'imprévu retour nous surprend à tel point Qu'il jette le désordre où nous n'en craignions point.
CLÉOMÈNE
Quoi, ce fut lui, seigneur...
NICANDRE
Oui, le pourrez-vous croire?
Lui soûl nous sut des mains arracher la victoire; lit pour vous découvrir notre honte en deux mots, Il nous fallut de nuit regagner nos vaisseaux. Jugez si Démochare, après cette retraite.