‹ Théâtre complet. Nouv. éd., précédée d'une noticeChapitre 433 sur 1518 · CRESPHONTE · texte numérisé non relu

CRESPHONTE

C'est par ce sentiment que je m'obstine à dire Que, quoi que la vengeance à votre cœur inspire, C'est au tyran de Crète en montrer peu d'ardeur Que de le respecter dans son ambassadeur. Rendez donc hautement menace pour menace; Que sa mort soit le prix d'une insolente audace; Et, par son châtiment, faites connaître à tous Quel sang vous destinez aux mânes d'un époux.

LÉONTIDAS.

Je n'examine point quelle est cette maxime Qui permet de punir un crime par un crime; Mais ce vieux droit des gens, partout si révéré, Pour le vouloir enfreindre, est un droit trop sacré. Non qu'on doive excuser, dans l'orgueil qui le flatte. L'indigne procédé du prince Timocrate.

En tète d'une armée expliquer son dessein, C'est agir en amant bien moins qu'en .souverain. Cette honteuse paix, dont l'offre nous étonne, Est un ordre absolu que sa fierté nous donne; Et si quelque rebelle osait s'en dispenser.

Il tient la foudre en main toute prête à lancer. Certes, il faudrait être ennemi de la gloire Pour céder sans combat le prix de la victoire; Et ce trône où sans peine il aspire à monter, A son ambition vaut bien le disputer. [ose,

Aiusi,ponr faire voir qu'on craint peu, quoi qu'il Je ne répondrais rien sur l'hymen qu'il propose; Et son ambassadeur retournerait confus Deviner avec lui d'où viendraient mes refus.

NICANDRE

Un tel avis sans doute est glorieux à suivre. D'un l'oproche éternel je sais qu'il nous délivre. Et qu'il part d'un'grand cœur qui voit qucsurl'Élat L'hymen du roi de Crète est un noir attentat. Mais ce n'est pas assez d'en rejeter la honte. Dans un plus haut orgueil ne souffrons pas qu'il mon- Et pour lui mieux apprendre à ne pas s'élever, [te; Bravons cet ennemi qui pense nous braver. Quelques fausses couleurs qui déguisent sa haine. Cet hymen proposé n'est pas ce qui l'amène; Et de quoi qu'il l'appuie, il n'arriva jamais Qu'un appareil de guerre ait annoncé la paix. Non, non, il avait cru que l'effroi de ses armes Nous réduirait d'abord aux dernières alarmes. Et que chassant d'Argos ses légitimes rois. Chaque ville en tremblant irait prendre ses lois. Il s'était figuré que pour s'en rendre maître, Avec toute sa flotte il n'avait qu'à paraître; Et, contre son espoir, ayant trouvé nos ports En état de braver ses plus rudes efforts. Sous l'olTre d'une paix qu'il fait avec contrainte. Il cache le désordre oii le jette sa crainte. Profitons-en, madame, et pour sauver l'État, Lorsqu'il offre la paix, offrons-lui le combat. Par là dès aujourd'hui prévenant sa menace. Étonnons sa fierté par une belle audace. Et faisons éprouver à cet ambitieux Que jamais les tyrans ne sont amis des dieux. C'est là mon sentiment, et le ciel me l'inspire Pour votre propre gloire et le bien de l'empire.

LA REINE

Et Cléomène enfin?

Je me tais par respect, Aussi bien mon avis pourrait être suspect ; [lent, Et voyant pour l'État que trois grands princes veil- C'est à moi de souscrire à font ce qu'ils conseillent.

LA REINE

Non, non, ce que déjà vous avez fait pour nous Ne permet à l'envie aucun pouvoir sur vous; Votre cœur m'est connu, parlez en assurance.

CLÉOilÈNE.

Puisque vous m'ordonnez de rompre le silence. Je dirai qu'un bon roi doit n'oublier jamais Qu'il est comptable aux dieux du sang de ses sujels; Et qu'il n'est point de guerre, encor que légitime, Qui par trop de longueur ne penche vers le crime. Songez depuis un siècle à quel excès d'horreur De vos dissensions a monté la fureur.

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