‹ Théâtre complet. Nouv. éd., précédée d'une noticeChapitre 440 sur 1518 · ÉRIPHILE, NICANDRE, CLÉONE · texte numérisé non relu

ÉRIPHILE, NICANDRE, CLÉONE

Nir.ANDiir.

Madame, enlin le ciel par une haine ouverte. Semble de Timocrate avoir juré la perte, Puisque après les serments que la reine en a faits Sa mort seule pour nous est le sceau de la paix. Ce combat où déjà chaque parti s'apprête. Ne se donne aujourd'hui qu'au péril de sa tète. Elle en est le seul but; et quoique des cœurs bas L'espérance du prix soit l'ordinaire appas, [re? Celui qu'on nous propose... Hélas! Que vais-je fai- Je tremble à m'expliquer, et je ne puis me taire; Et dans mes sentiments interdit et confus, J'en découvre le trouble, et n'ose rien de plus.

ÉRIPHILE. [dre,

Non, non, Nicandre, non, cessez de vous contrain- Je connais quel sujet vous avez de vous plaindre ; Et vous craignez en vain que je prenne intérêt Au juste désaveu d'un prix qui vous déplaît. Quelque pressant devoir qui hâte sa vengeance, A trop d'emportement la reine se dispense, Quand pour vous animer à servir son courroux, Elle prend hors de vous ce qui doit être en vous, Un cœur qui s'abandonne au désir de la gloire, N'a jamais que soi-même à consulter et croire; Et, quoi qu'il fit de grand, il aurait à rougir Si sa propre vertu ne le faisait agir. Ainsi, dans ce combat où l'honneur vous engage, L'espoir de mon hymen n'est qu'un pompeux outra- Et, loin que son refus irrite ma fierté, [ge;

Je me plains avec vous de son indignité. C'est aux courages bas, c'est aux âmes vulgaires A goùterlàchement ces amorces grossières; Et qui peut en montrer un cœur moins abattu. Lors même qu'il l'augmente, affaiblit sa vertu. Craignez donc un hymen contraire à votre eslime, Faites-en éclater un mépris légitime, [exploit

Et montrez qu'un grand cœur embrasse un grand Moins par l'espoir du prix que par ce qu'il se doit. NICANDRE. [me,

Moi, des mépris pour vous! Ah! Bien plutôt, niada- Souffrez que je renonce à cette grandeur d'àme. Dont le charme pour moi n'a rien que d'odieux, S'il lui faut immoler un espoir glorieux. Non que j'ose en prétendre un plus haut avantage, Qued'enfaireà vospiedsunjusteet plein hommage. Mais s'il me laisse encore à craindre également. Du moins il m'autorise à me montrer amant. C'est ici qu'un regard plus ou moins favorable

Me peut faire ajouter, heureux ou misérable.

ÉRIPHILE

Quel charme en ce bonheur penscriez-vous trouver. Qu'un regard peut détruire aussitôt qu'achever? Par sa fragilité connaissez sa faiblesse, Et, sans vous éblouir iruiic vaine promesse, Soumettez hautement à la gloire, à l'honneur, Les appas décevants d'un si faible bonheur. Défendezjusqu'au bout l'éclat de votre vie Des traits empoisonnés que décoche l'envie. C'est au trône d'Argos qu'on en veut aujourd'hui, Et le devoir du sang vous en faisant l'appui, Ne lui donnez pas lieu de dire que Nicandre Le voulut parlagcr avant que le défendre. Et qu'au moins il fallut que l'espoir de ma main, Pour être bon sujet, le rendit souverain.

NICANDRE

Hé quoi, madame, hé quoi, ma conduite passée Vous peut-elle souffrir cette injuste pensée, Et quand vos intérêts ont exposé mon sang, M'a-t-on vu démentir la gloire de mon rang? Par quel complot secret ai-je pu faire naître Cet outrageant soupçon que vous faites paraître, Et qui de ma princesse éblouissant les yeux. Ne lui fait voir en moi qu'un prince ambitieux? Ah ! Si ce pur amour qui règne dans mon âme, Prend de sombres couleurs pour vous peindre ma ÉiupHiLK. [flamme...

Nicandre, c'en est trop ; enfin vous me forcez D'opposer ma colère à des feux insensés, J'en voulais étoufTer les chaleurs indiscrètes; Mais puisque je vous vois oublier qui vous êtes, Pour punir votre orgueil, c'est le moins que je puis Que de vous faire ici souvenir qui je suis. Certes, si sur l'espoir dont vous flatle la reine. Vous tenez de mon cœur la conquête certaine. Ce cœur né pour le trône est d'un rang bien abject, S'il n'est qu'un prix sortable aux devoirs d'un sujet. C'est le nom que je donne à ces exploits célèbres Qui dérobent le vôtre à l'horreur des ténèbres, Et qui sont trop payés lorsque le souvenir S'en transmet par la gloire aux siècles à venir. Outre qu'un bon sujet qui n'agit et ne pense Qu'à remplir ces devoirs où soumet la naissance, Eùt-il seul empêché la chute de l'État, Sitôt qu'il s'en souvient, n'est qu'un sujet ingrat. Et qu'il serait honteux d'altendre aucun salaire. Quand on sait qu'on a fait que ce qu'on a dû faire.

NICANDRE

Je vous entends, madame; et je vois clairement Qu'il faut être né roi pour être votre amant. Au moins si mon espoir est si peu légitime, Ma mort saura bientôt en efl'acer le crime. Et laisser par respecta l'un de mes rivaux [vaux. Le prix qu'acquiert un sceptre à ses heureux Ira- ÉRipiiiLE. [mes;

Dans ce sceptre pour moi vous croyez trop de char- Et si ces deux rivaux vous causent tant d'alarmes, Pour vous désabuser, apprenez que mes vœux

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