‹ Théâtre complet. Nouv. éd., précédée d'une noticeChapitre 449 sur 1518 · SCENE V LA REINE, NICANDRE, ARCAS, DORIDE · texte numérisé non relu

SCENE V LA REINE, NICANDRE, ARCAS, DORIDE

NICANDRE

Non, madame, et le sort qui me poursuit toujours, En me tirant des fers, m'en donne de plus lourds. De quelque doux espoir que mon retour vous flatte, Aimerez-vous un bien qu'on doit à Timocrate, Et vous résoudrez-vousdans un malheur si grand, A vous servird'un bras qu'un ennemi vous rend? M'ayant fait prisonnier, c'est lui qui me renvoie.

LA REINE

Quelle amertume, ô dieux, versez-vous surma joie!

NICANDRE

Et je sens d'autant plus l'aigreur de ce revers, Que sans condition il a brisé mes fers. Jugez à quel effort tant de vertu m'engage.

LA REINE

Quoi, de Trasile pris nous laisser l'avantage, Et ne l'arracher pas à ce lâche destin Qui d'un règne éclatant précipite la fin?

NICANDRE

Vous la craignez en vain si vous l'en pouvez croire. Ma prise avait à peine affermi sa victoire. Que le combat cessé, je prépare mon cœur Atout ce que fait craindre un insolent vainqueur, Quand un ordre secret que l'on semblait attendre, Dans un léger esquif me force de descendre, Où pour en joindre un autre, ayant un peu ramé. J'y vois le roi de Crète encore tout armé. Sitôt qu'il m'aperçoit il hausse la visière. Je découvre l'éclat d'une mine guerrière, Et tel que sur un teint et vif et coloré, La chaleur du combat ne l'a point altéré. c< Nicandre, » me dit-il, « pour montrer à la reine Que même je la veux respecter dans sa haine. Si tant de sang versé ne la saurait finir. Je lui redonne en toi de quoi la soutenir; Heureux, si poursuivant mon premier avantage, De son trône et du mien je lui puis faire hommage, Et si de son courroux désarmant la rigueur, Ma victoire aux vaincus faitsoufl'rir le vainqueur. Cependant, par respect pour qui veut me détruire, Vois que moi-même aux tiensj'ai voulu te conduire.» Nous voguons tant qu'enfin n'osant plus avancer. Avant qu'on nous sépare, il me fait l'embrasser.

LA REINE

Quoi, d'un faux sentiment l'indigne et basse amorce Pour éblouir Nicandre a donc assez de force, Et ce trompeur appât l'a sitôt abattu, Qu'il nous vante pour vraie une ombre de vertu? Non, non, quoique la tienne ait peine à s'en dé-

[fendre.

Ne crois pas que jamais je m'en laisse surprendre. Et que d'un ennemi l'audacieux espoir, Eu Séduisant ma haine, ébranle mon devoir. Ce cœur qu'il veut corrompre est trop haut pour

[souscrire

TIMOCllATE, ACTE III, SCÈNE VI.

Au triomphe insolent où son oruui'il aspire; Et clans les sentiments où m'engage un époux, Cequ'illaitpourréteindreaugnieutemoucoui'roux. Quelque bien aujourd'hui que l'État eu reçoive. Je le hais d'autant plus qu'il veut que je lui doive ; Et que sa tyrannie osant trop s'élever, Jusquedansmou cœur même il cherche à me braver. Oui, dieux, de cet État protecteuis redoutables. Des serments violés vengeurs impitoyables, Pour obliger ma haine à ne fléchir jamais. Oyez-moi répéter ceux que j'ai déjà laits. Tant que reine en ces lieux j'aurai quelque puis- Si de hâter sa mort mon devoir se dispense, [sance, Puisse votre courroux, par de justes fureurs, Exposer tout Argos aux dernières horreurs, Et par une vengeance aussi juste qu'entière, N'y laisser voir partout qu'un vaste cimetière. Mais d'où vient ce grand bruit, qui poussé jusqu'aux Pardescris redoublés fait retentir ceslieux. [cieux?

DORIDE

Madame, permettez, pour vous tirer de peine...

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