I.A BEI.NE
Que dites- vous? 0 dieux 1
CLÉÛSIÈ.NE.
Que de notre défaite J'ai su venger par là le malheur sur la Crète, Et que, pour vous laisser maîtresse de son sort. Remis aux mains d'Iphite, on le conduit au fort.
NIC.\NDRE.
Quoi, vous l'auriez vaincu?
CLÉOMÈ.NE.
Quand je u'osais le croire.
Les dieux ont à mon bras accordé cette gloire. Puisque voyant qu'en vain j'y ferais mes efforts, La bataille perdue et les deux princes morts, M'échappant vers le port,parun heureux rencontre Dans un léger vaisseau le hasard me le montre. Je le joins, je l'attaque avec tant de vigueur. Que surpris du péril qui menace un vainqueur. Avant que dans sa flotte on puisse en rien appren- Après quelque combat je l'oblige à se rendre, [dre
MI'.AXDRE.
Où ton trop de vertu t'a-t-il précipité, 0 prince! ta prison vient de ma liberté.
LA IIEI.NE.
Enfin, ma haine, enfin nous bravons la tempête. Les dieux m'ont exaucée, et la victime est prête. 0 vous, par qui le sort l'a soumise à mes lois, Quel prix m'acquittera de ce que je vous dois?
CLÉOMÈNE
L'aveu d'un bel espoir qui, sur votre promesse, Dans l'orgueil de ses \œux s'élève à la princesse.
NICANDRE
L'ambition déjà vous fait-elle ignorer
Qu'à moins d'être né prince on n'y peut aspirer?
CLÉOMÈNE
Cette ambition même est un illustre signe, Que ce que je suis né ne m'en rend pas indigne, Et qu'il n'est pas de prince à qui l'éclat du sang Ait dans toute la Grèce acquis un plus haut rang.
NICANDRE
C'est sans doute en donner une preuve certaine, Que venir sans armée au secours de la reine?
CLÉOMÈNE
Rendre ses ennemis sous le nombre abattus, N'est que l'effet commun des communes vertus; Et sur cet avantage obtenir la victoire, Si c'est vaincre en eff'et, c'est triompher sans gloire. Quoi que montre un parti de faiblesse ou d'effroi, Ce bras pour l'eu chasser n'a besoin que de moi; Et du moins, mes exploits n'égalant pas les vôtres. Je tiens tout de moi seul, et ne dois rien aux autres.
LA REINE
Ils sont tels, Cléomène, ils sont tels que les dieux
Ne désavoueraient pas un sang si glorieux.
NICANDRE
Mais, madame, est-ce lui que nous en devons croire?
CLÉOMÈNE
Oui, puisque je l'assure après une victoire. Qui dans le champ d'honneur tel qu'un prince a paru Lorsqu'il dit qu'il est prince, est digne d'être cru. Non qu'il ne fût facile, en me faisant connaître, D'étouffer un soupçon que l'envie a fait naître; Mais vouloir l'éclaircir quand mon bras le confond, D'un doute injurieux c'est mériter l'affront. Puisqu'enliu, si j'avais une naissance ingrate. Avant qu'entre vos mains remettre Timocrate, Sur la foi des serments j'aurais pu m'assurer Le bonheur qu'un rival me défend d'espérer. Ici leur sainteté les rend inviolables.
Mais un cœur généreux hait des ruses semblables. D'un glorieux espoir dans mon àme adoré, J'ai cru votre parole un garant assuré ; Etlorsqu'à sonell'et comme prince j'aspire. Pour confirmer ce rang ma loi vous doit suffire.
LA REtNE.
Il est juste; et l'État ne saurait faire un choix Qui dans leur majesté soutienne mieux ses lois, [ce, ■Voire hymen l'ait leur gloire; et, pour plusd'assuran- Sur ces mêmes serments qui pressent ma vengeance, J'atteste tous les dieux, qu'au temple, aux yeux de
[tous, La princesse demain vous prendra pour époux.