LA REIÎSB, TIMOGRATE, ÉRIPHILE, NICANDRE, ARCAS, DORIDE, CLÉO^'E
LA REINE
Hé bien enfin, Nicandre, Après tant de combats il est temps de se rendre? Les dieux sans perdre .\rgos ne pouvaient s'apaiser?
-MCAXDRE.
Madame, c'est un mal qu'on ne peut déguiser. Arcas vous aura dit avec quelle surprise J'ai d'un accord secret reconnu l'entreprise. Et que pour animer un grand peuple interdit...
LA RUINE
Je sais qu'on m'a trahie, et cola me suffit.
Si c'est l'arrêt du ciel, il faut qu'il s'exécute,
M'ayaiil placée au trône, il en veut voir la chute;
Et je mériterais cet indigne revers,
Si j'osais regretter un sceptre que je perds.
TI.MOCHATE.
Le perdre? Ali, juste ciel! Cessez, cessez, madame, A de vaines frayeurs d'abandonner volre ànie. Trasile est mon sujet, et n'entreprendra rien Où votre oi-dre ne [misse encor plus que le mien; Et si jusques au bout voti'e devoir s obstine.
Pour venger votre époux à vouloir ma ruine. Malgré tout mon pouvoir, pour le voir satisfait. Vous n'aurez seulement à former qu'un souhait.
LA REINE. [rage
Que vous m'otfonsez, prince, et pour un grand cou- Qu'un pareil sentiment est un sensible outrage! Ah! S'il m'était permis de vous ouvrir mon cœur. Vous verriez quels combats...
SCÈxNE VIII
LA REINE, TIMOCRATE, ÉRIPHILE, .NICANDRE, TRASILE, ARCAS, DORIDE, CLEOiNE.
TRASILE, (I Timocrate.
Tout est à vous, seigneur, Et le ciel favorable à ma juste prière. Prévient par moi le mal que j'ai pensé vous faire. Argos est sous vos lois, et son peuple soumis. En autant de sujets change vos ennemis. Après ce qu'il vous doit il n'aura pas de peine...
TIMOCRATE
Trasile, ce discours fait outrage à la reine. Et c'est mal lui prouver que mes vœux les plus doux N'ont jamais aspiré qu'à vaincre son courroux. De nos armes enfin quel que soit l'avantage, De toute cette gloire il faut lui faire hommage, El mettant sa couronne et mon sceptre à ses pieds...
LA HEINE
Ah! Prince, voyez mieux où vous m'engageriez.
Contrainte à redouter la colère céleste,
Cet hommage accepté vous deviendrait funeste.
Les dieux ont attaché ma vengeance à mon rang,
Et reine, mes serments leur devraient votre sang.
Prenez donc ma couronne, elle est votre conquête,
Par son nouvel éclat assurez votre tête;
Et me laissant sujette, affranchissez mon sort
De la nécessité de vouloir votre mort.
TIMOCRATE
S'il vous faut à ce prix racheter votre haine, Pour dispenser vos lois daignez faire une reine, Et, demeurant toujours dans un pouvoir égal. Laissez à la princesse un titre si fatal. .Vccordez-lui pour moi ce prix de ma victoire.
LA REINE
Prince, c'est à vous seul qu'en appartient la gloire. De mon trône comiuis vous pouvez disposer; et qui ne peut plus rien n'a rien à refuser.
NICANDRE, ii Tiinociale.
Agréerez-vous, seigneur, dans ce haut avantage, Lt mes premiers respects, et mon premier lionima-
ÈRIPHILE, à Nicandre. [ge?
Dans ce haut avantage il trouve au moins ce bien,
Qu'il brave ses malheurs saus qu'il vous doive rien.
TRASILE.
Faites moins d'injustice à sa vertu parfaite, Elle seule aujourd'liui vous fait reine de Crète, Madame, et c'est par lui que le destin trompé. Voit un roi magnanime à sa rage échappé. Il m'a tiré des fers, et reçu dans la ville.