‹ Théâtre complet. Nouv. éd., précédée d'une noticeChapitre 484 sur 1518 · SCÈNE III PHILOCLÉE, ANAXARIS · texte numérisé non relu

SCÈNE III PHILOCLÉE, ANAXARIS

PHIl.OCLÉE.

On mevient d'avertir que sur quelque traité La Lydie a vers nous de nouveau député ; Puis-je d'Anaxaris en savoir l'importance?

ANAXARIS.

Madame, ce secret passe ma connaissance; Rien de ces envoyés n'est venu jusqu'à moi. Et l'on n'en parlait point quand j'ai quitté le roi.

miILOCLÉE.

Il leur donne audience et je me persuade

Que Philoxène a part à leur prompte ambassade;

Au moins l'a-t-on mandé pour la mieux recevoir.

ANAXARIS.

Je plains sa passion.

PHILOCI.EE.

Avec assez d'espoir.

Puisque si la Lydie en détruit l'entreprise, Bérénice à vos vœux sans obstacle est acquise.

ANAXARIS.

C'est me connaître mal que de le présumer.

PHILOCLÉE.

Est-ce que vouscroyez qu'il soit honteux d'aimer?

ANAXARIS.

Que dites-vous, madame? Ah ! bien loindelecroire,

De cette passion je fais toute ma gloire;

Et peut-être jamais une si belle ardeur

Pour un plus rare objet ne régna dans un cœur,

Mais telle est de mon sort la dure tyrannie,

Que souffrant à la taire une peine infinie.

Je dois trembler pourtant qu'un soupir indiscret

N'en ose malgré moi découvrir le secret.

Il me perdrait, madame; et vous-même sansdoute,

Loin de plaindre l'effort que cette ardeurme coûte.

Vous y trouveriez lieu d'armer votre courroux,

Si ma témérité se déclarait pour vous.

PHILOCLÉE.

Quoiqu'aulrefois peut-être elle eût pu me déplaire, Je veux bien aujourd'hui l'apprendre sans colère, Et ne voir rien en vous indigne de ce choix Qu'ordonne la Phrygie, et que règlent nos lois. Depuis qu'Ântaléon, pressé de jalousie.

Contre son souverain a ligué la Mysie, Et que de ses desseins par .\raxe trahis 11 s'est voulu venger sur son propre pays. Par cent exploits fameux qu'a suivis la victoire, Vous vous êtes ouvert un chemin à la gloire; Mais, quoi que pour l'État vous ayez entrepris, Cette gloire peut-être en est un digne prix; Et quand il serait vrai qu'un sujet téméraire Aurait droit d'en prétendre un plus ample salaire. Ce trône qui m'attend n'exempte pas ma foi De soumettre mes vœux aux volontés du roi. Par l'éclat de l'hymen où son choix vous engage, Il vousexclutd'un rangqu'ilfautqueje partage ; Et de quelque beau feu qu'on se vit consumer; Sitôt qu'un roi l'ordonne, on doit cesser d'aimer.

ANAXARIS.

Ah! que ce pur amour qui règne dans mon âme Mêlerait de faiblesse à l'ardeur qui m'enflamme, Si pour naître ou s'éteindre il devait prendre loi Du respect que je dois aux ordres de mon roi ! Non, non, madame, non, quand ce cœur qui soupire Prendrait dans son aveu l'audace de le dire, Vous m'en verriez encor, d'un vrai zèle animé. Faire un plein sacrifice aux yeux qui m'ontcharmé ; Et sur ce bel espoir ma passion extrême Ne voudrait contre vous employer que vous-même. Toujours toute soumise, et prête à le quitter Dès le moindre soupir qu'il vous pourrait coûter. Mais aussi son pouvoir, quelque loin qu'il s'étende, Nepeutrien m'opposerque ma flamme appréhende; Et toute sarigueur n'ayantqu'un faible effort. Vos seules volontés sont l'arrêt de mon sort.

BÉRÉNICE, ACTE II, SCÈNE V

En vain je cliercheraispliislongtempsà me taire, L'amour n'esl point amour s'il n'estquc volontaire, Une doure contrainte est son plus cher appas; Et l'on aime bien peu quand on peut n'aimer |ias.

PHn.OCl.KE.

Je ne puis déguiser que c'est avec surprise Que je remarque en vous une ardeur si soumise, Et que j'aurais pensé que dans ce grand projet Votre amour n'cùlen moi qu'un trônepourobjet.

ANAXARIS.

Quoiqu'il se dût montrer sensible à celte injure. Un trop juste respect me défend le murmure ; Maispour mieux repousser un soupçon si honteux. Si contre votre rang j'osais former des vœux, Et dans une autre main, sansvous faire d'outrage, Du sceptre qui vous fuit souhaiter l'avantage, Sans aucune ombre alors vous verriez éclater La pureté d'un feu dont je vous vois douter.

PHiLOCLKE. [me.

Ces sentiments sont grands, et d'un cirur magnani- A qui le mien confus doit toute son estime; Mais en vain de mon choix vous garderiez l'espoir, Bérénice m'est chère, et je sais mon devoir.

Ah ! Que ne puis-Je ici...

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