‹ Théâtre complet. Nouv. éd., précédée d'une noticeChapitre 568 sur 1518 · LA MORT DE L'EMPEREUR COMMODE, ACTE V, SCÈNE VF · texte numérisé non relu

LA MORT DE L'EMPEREUR COMMODE, ACTE V, SCÈNE VF

MARCIA

Vous m'accablez, seigneur, et mon âme confuse Croit qu'en tant de faveurs un vain songe l'abuse, Et prcsiuno si peu les pouvoir mériter. Qu'à moi M s (le s'en cou vaincre elle en vo luirait dou- Aussi, quoi(|ne j'emploie à vous faire paraître [ter; Avec quels sentiments je les veux reconnaître. De mes profonds respects les vœux les plus soumis Remplissent mal un soin à leur zèle commis. Mon cœur se voit encor réduit à l'impuissance De vous montrer assez ce qu'il sent, ce qu'il pense; Et la secrète ardeur que pour vous il conçoit, Le peut seule acquitter de tout ce qu'il vous doit; Mais d'un elVct si noble elle sera suivie, Qu'autantqucRomea droitde condamner Helvie...

COMMODE

Ah! Madame, de grcàce, accordez-moi ce point. Pensez, croyez tout d'elle, et ne la nommez point. A ce nom, malgré moi, je sens que je m'enflamme. Qu'à ses premierstransportsje rends ton te mon ànie, Et que d'un juste effort secrètement gène, Je voudrais révoquer l'arrêt que j'ai donne. Daignez à mon amour épargner ce supplice, Votre destin est grand, souffrez qu'clleeu jouisse, El ne rappelez point ce qu'en mon souvenir. Sans blesser notre amour je ne puis retenir. Mais, dieux ! Quel accident tout a coup me menace? Quelle maligne humeur me fait sentir sa glace'.' Elle saisit mon cœur, en vain il la combat. Ma force m'abandonne, et ma vigueur s'abat.

MARCIA

Ne craignez rien, seigneur.

COMMODE

Ma faiblesse redouble.

Je tremble, je chancelle, et tout mon sang se trou- Soutiens-moi, Flavian, ne m'abandonne pas. [ble.

MARCIA

A ce pieux office il prêtera sou bras ; Et de vous obéir ne sait perdre l'envie, Que quand vous le forcez de m'arracher la vie. Vois ceci, vois, Commode, en connais-tu la main? (£;/'' lui uwiilie les tableiies.) COMMODE, ù Flavian.

Ah! Traître, c'est ainsi...

MARCIA

Tu t'emportes en vain. Tu n'es plus en pouvoir d'ordonner son supplice. Apprends qu'en ce moment je suis impératrice. Et qu'à Rome Électus voulant prouver sa foi. T'a donné le poison qu'il a reçu de moi. Vois parcejuste coupqueje viens d'entreprendre. Ce qu'un règne pareil donnerait lieu d'attendre. Puisqu'on n'en vit jamais de plus beaux, de plus

[grands, Queceuxqui sont fondés surla mort destyrans.

COMMODE

Je sens qu'il faut mourir, que pour servir ta rage Les dieux injustement trahissent leur ouvrage, Ces dieux qui, jus(nrici de mes crimes auteurs.

Ne les punissant pas, s'en sont faits protecteurs. Au moins je meurs content d'avoir traité sans cesse Leur foudre suspendu d'impuissante faiblesse; Et, quoique de la vie on fasse un si grand bien J'aime à l'abandonner pour ne leur devoir rien. Qu'on m'emporte d'ici.

MARCIA, à Élcclus.

Rendez-lui ce service.

Aussi bien je craindrais de me voir sa complice, Et que le désespoir d'expirer à mes yeux Ne redoublât sa rage à blasphémer les dieux.

Page 1