‹ Théâtre complet. Nouv. éd., précédée d'une noticeChapitre 597 sur 1518 · STILICON, ACTE III, SCÈNE III · texte numérisé non relu

STILICON, ACTE III, SCÈNE III

Enipikhc l'innocent de se faire connaître,

Et pai'ais-Ie du moins, puisque tune peux l'être.

STILICON"

Ah ! seigneur, dans l'iiorreur dont je me sens frappé Pardonnez si mon trouble est si tard dissipé; Et si tant de bontés m'arrachent avec peine Le déplorable aveu qui m'acquiert votre haine. Je le nierais en vain, le crime est avéré, Euchérius ou moi nous avons conspiré.

Le malheur de Zenon en convainc l'un ou l'autre; Et quand son sang versé marque la soif du V(jtre, Un scrupule douteux retient trop votre bras. Si le coupable l'est, le crime ne l'est pas. Il faut punir, seigneur, et, sans incertitude, Votre courroux m'en doit la peine la plus rude, Puisqu'armanl contre moi sa plus fière rigueur. Vous êtes sûr d'en perdre, oulacause, ou l'auteur. D'une ou d'autre façon ma mort est nécessaire. Je suis par moi coupable, ou le suis comme père. Qui, détournant de moi l'attentat entrepris, Ne puis être innocent des crimes de mon fils. C'est moi qui dans son cœur, lui donnant la nais- En dois avoir jeté l'effroyable semence, [sance. Enraciné l'instinct, et coulé dans son sang L'abominable ardeur de vous percer le tlanc. Comme avecque la vie il l'a de moi reçue, De ce sang malheureux la source est corrompue; Et si rien jusqu'ici n'en semble être connu. C'est que de mes forfaits le temps n'est pas venu. Que ma mort au plus tôt, seigneur, vous en délivre. Ils pourraient éclater si vous me laissiez vivre; Et cédant au destin qui nous entraîne tous. Ma main peut-être, hélas! attenterait sur vous. Ainsi, puisque ce sang me rend de tout capable. Vous pouvez sans erreur me traiter en coupable. Prononcez, et, par là, daignez me dérober Au péril des forfaits où je pourrais tomber.

HONOBIUS.

Qu'eu vain en t'accusant ta tendresse de père Veut accroître une erreur qui me serait tro[> chère. Si dans ce qu'à mes yeux ta vertu vient offrir. Cent preuves de ta foi me la pouvaient souffrir! Qui s'est dansmonjeuneàge empé'^hé d'entrepren- Ne me peut envier ce qu'il a su me rendre ; [dre, Et plus à ces clartés je tâche à résister. Moins leur cruel état me permet de douter. Je vois... Te le dirai-je, etma juste colère...

STII.ICON'.

Oui, seigneur, accablez un misérable père. Sur ce cœur affligé portez les derniers coups, Tout ce que vous voyez je le vois comme vous. Hélas! Où m'emportait une indigne tendresse'? J'ai mérité l'arrêt dont la douleur vous presse; Mais celte triste mort dont j'attends le secours, Sans une autre victime assure mal vos jours. En vain sur moi d'abord la nature incertaine, De l'attentat d'un fils voulait jeter la peine, Et me persuader, pour lui servir d'appui, Qu'il s'expierait assez si je mourais pour lui.

Je dois mourir sans doute, et d'un forfait si lâche Il faut que tout mon sang efface enfin la tache; Mais ce fils trop perfide, et toutefois trop cher, A sa peine par là ne se peut arracher. Qu'il périsse l'ingrat, dont la rage secrète Par votre seule mort se peut voir satisfaite. Voilà, voilà, seigneur, où l'amour l'a réduit, Di' ses vœux, sans un trône il attend peu de fruit. La princesse obstinée à dédaigner sa flamme N'abaisse qu'à ce prix la fierté de son âme; Et le lâche, aux transports d'un criminel espoir, K laissé contre vous séduire son devoir.

EUCHÉRIUS.

Et mon père lui-même aide au sort qui m'accable?

HOXORIUS.

Pour te faire innocent nomme donc un coupablei le n'attache sur toi mes soupçons qu'à regret; Mais qui peut de Zenon avoir su le secret"?

EUCHKRIUS.

Tantôt en lui parlant, seigneur, de l'entreprise, J'ai vu sur son visage une extrême surprise; Et comme cent témoins la pouvaient observer. Quelqu'un en le perdant aura cru se sauver. Souvent à prévenir la défiance engage.

HONOniUS.

Ah! Si de ta fureur sa mort n'était l'ouvrage.

C'est vers ce rendez-vous l'un à l'autre donné,

Qu'une barbare main l'aurait assassiné.

Dans le bois du jardin loin de t'aller aHeuflrc.

Ici seul en secret il cherchait à se rendre.

Se défiant des lieux où tu veux l'attirer.

Sa foi pour m'avertir n'a plus à différer,

Et lorsque pour me voir à tout il se hasarde.

Dans un obscur passage un traître le poignarde.

EUr.HÉRIL'P.

Prenant un rendez-vous il a su m'abuser; Mais de sa mort par là me doit-on accuser?

HOXORinS.

Fais croire si tu peux ces preuves trop grossières; Pour voir ton crime, hélas ! j'ai bien d'autreslumiè- Zéiion à me parler voit le péril trop grand, [res, Il hasarde un billet qu'en secret on me rend; L'impératrice en vain de se taire est capable. De peur qu'elle ne l'ouvre il cache le coupable, El ne l'aurait pas tu, s'il n'eût craint qu'en efïet La sœur n'aidât du frère à couvrir le forfait. D'ailleurs, lorsque j'élève un si rare service, Tu me le fais soudain soupçonner d'artifice; Si j'accuse un ingi'at qui viole sa foi, Tu prévois qu'il s'apprête à parler contre loi; Tant de précaution marque une indigne ruse. Qui se trouve innocent ne craint point cpronl'accu- Et ce qui te convainc, tu te vois dédaigner [se. Si lu ne mets ma sœur en état de régner. Mes jours sacrifiés flattent ton espérance, Sans haïr ta personne elle hait ta naissance; Et ma mort t'assurant le pouvoir souverain. Il faut percer mon cœur pour mériler sa main. Tu t'y résous enfin, et l'ardeur qui t'entraîne...

STILIGON, ACTE III, SGÈiNE IV.

STII.ICO.V.

0 rrinii', dniit l'horreur ne se conçoit qu'à peine ! M'en as-lii vu capable, et honteux d'obéir, As-tu reçu de moi l'exemple de trahir'? Quand le lâche Itufm arma contre sou maître. Me trouva-t-on trop leul à prévenir ce traître; Et d'un peuple depuis enclin aux rcnuiemenis, Quel autrea mieux c|uenioi calmé les uwuvenicnts? Oue dans le plus beau sort souvent la cliiile est

[prompte; J'ai vécu glorieux pour mourir dans la honte, Et voir le ciel lassé de me servir d'appui, Confondre ma vertu dans le crime d'aulrui.

IIONORIUS.

Va; tu le crains en vain ; mais, toi, pour ta défense. Ingrat, dédaignes-tu de rompre le silence?

EUCHÉRIUS.

Que vous dirais-je, hélas! qui pût me secourir? Je suis né malheureux, et je cherche à mourir.

STILICOX.

Quoi, ton malheur, perfide, est toute ton excuse?

EUCHÉlilUS.

lin père me condamne, et mon maître m'accus;'', A leurs justes soupçons que pourrais-je opposer? Je vois que l'apparence aide à les abuser. Et que ce cœur surpris d'un crime abominable, ISe peut être innocent s'ils l'eslinient coupable.

HONORirS.

Donc ta rage le plaît, et pour mieux en jouir. Par ces déguisements tu me crois éblouir? Non, non, contre un soupçon si fort, si légitime. Ne te défendre point, c'est redoubler ton crime ; Dis qu'en te séduisant l'amour t'y sut forcer; Et par ton repentir tâche de l'effacer.

EUCHÉRirS.

Pour elTacer celui dont votre erreur m'accuse. Il faut du sang, seigneur, et non pas une excuse; Et tout le mien suffit à peine à l'expier. Si le destin s'obsline à le calomnier.

Il a juré ma perte, et de sa violence Je ne puis appeler qu'à ma seule innocence. Qui fuit plus que la mort de telles li'ahisons. Jamais à s'en purger ne Irouve de raison ; Surpi'is d'èlre accusé, dans l'abus qui l'opprime. Par son silence seul il repousse le crime, Et stupide et muet en des soupçons si bas. Prouve son innocence à ne la prouver pas.

HONORIUS

Hé bien, ingrat, hé bien, sois ferme à no rien dire; Youdras-Ui |)ointencor nier que l'on conspire. Qu'un traiireose attenter?

EUCHÉRIUS.

On le nierai I en vain, Zenon assassiné rend le crime certain ; Mais à quelques soupçons qu'il expose mon zèle. J'ignore le coupable, et je vous suis fidèle.

STILIC.ON.

Quoi, lâche, sur Ion cœur le remords ne peut rien?

HONORIUS

Dérobe-le toujours aux tendresses du mien ; Voici par qui sa 11 s loi nous pourrons tout apprendre.

El'C.HKlUL'S

Quoi, vous croyez, seigneur...

HONOIIIUS.

Je ne puis plus l'entendre.

Qu'on le tienne en lieu sur, Marccllin.

EUGHÉRICS.

Mon souci N'est pas...

HONORIUS, rt Mnrcellin.

Suivez votre ordre, et l'éloignez d'ici.

HONORIUS, THERMANTIE, PLACIDIE.

STILICON, MUTIAN, LUCILE.

HONORIUS, ('I Thn-manlie.

Ah, madame!

THERMANTIE.

Ah, seigneur! Que vient-on de me dire?

HONORIUS

(>e qui m'arrache l'âme, Euchérius conspire. Et l'ingrat, qu'au remords en vain j'ai cru forcer, Aime son crime assez pour ne rien confesser; Mais ma sœur nous en peut éclaircir l'entreprise.

PLACIDIE

Lui, conspirer, seigneur?

HONORIUS

En êtes-vous surprise?

Et vous étonnez-vous que pour vous mériter Au trône de son maître il aspire à monter? La loi qu'à son amour votre orgueil en impose, Soutient avec éclat le sang de Théodose, Et ces dignes complots dontje préviens les coups, Ilemplissent la fierté qu'il exige de vous.

PLACIDIE. [dre.

Si j'ai tout le pouvoir qu'en moi voussemblezcrain- Cette fierté, seigneur, m'autorise à me plaindre, Et prendre pour affront l'indigne emportement Qui dans un criminel veut trouver mon amant. L'amour qu'à ses pareils une princesse imprime. Rend le cœur qu'il occupe incapable de crime; Et pour Euchérius ce droit est si puissant. Que s'il m'aime en effet, il doit être innocent; Ma vertu fait sa règle en tout ce qu'il peut faire. D'un peu d'orgueil peut-être elle a le caractère. L'éclat d'un sang illustre est son plus cher appas. Mais un si noble orgueil n'inspire rien de bas. S'il tient l'ardeur du trône et douce et légitime. Il sait la dédaigner dès qu'il en coûte un crirne; Et c'est d'Euchcrius connaître mal la foi. Que vouloir présumer qu'il conspire pour moi. Qu'on me réponde en lui d'un amour véritable. Je répondrai qu'à tort vous le croyez coupable, Et qu'il me connaît trop pour s'êti'c enfin flatté De surprendre mon cœur par une lâcheté.

STILICOX, ACTE lY. SCÈNE I.

HONOBtUS.

Jusqu'où l'urj.'U(:il du saiigconU'o moi vous abuse, La cause de sou crime eu doil être l'excuse ; Et quand à couspirer pour vous il se résout, D'un si lâche forfait votre vertu l'absout? Qui le sait voire amant l'en doit croire incapable"?

THEKMANTIE.

Mais sur quoi s'assurer, seigneur, qu'il soit coupa- HOXORius. [ble?

Sur cent preuves, hélas ! qu'il n'a pu démentir. Si Zénon en secret tâche de ni'avcrtir. S'il n'ose me parler de peur qu'on le soupçonne, S'il vous donne un billet sansy nommer personne. C'est qu'en m'avertissant, s'il fait rien éclater, 11 trouve Euchérius partout à redouter, Il vous crainlcomme sœur, s'il s'ouvre sans réserve, S'il me parle au palais, Euchérius m'observe ; Enfin par sou amour sa vertu se détruit, Il aime, il cherche à plaire, et c'en est là le fruit.

PLACIDIE

Hé bien, jusques au bout poussez votre injustice, D'un forfait odieux déclarez-nioi complice, Prenez l'occasion de venger sur mon sang Le refus d'un hymen qui trahissait mon rang. Quandj'aurai par niamort saoulé votre vengeance, D'Euchérius alors vous croirez l'iunocence, Et ferez vauilé de ne plus déguiser.

Que pour me perdre seule, ou voulut l'accuser.

STILICO.N".

Ah 1 Madame, quittez une erreur volontaire. N'excusez point un fds que désavoue un père, Le sang eu sa faveur aurait séduit ma voix, Mais contre mon devoir la nature est sans droits. Vous voyez son forfait dans l'ardeur qui l'anime. En vous osant aimer il fit un premier crime ; Et son respect pour vous par son feu violé. N'a pu dans un plus grand voir son cœur ébranlé. Hors l'objet qui le charme il n'a rien à connaître, Pour gagner sa maîtresse il veut perdre son niaitrc, Et tient son attentat facile à pardonner, Si vous demandant grâce il peut vous couronner.

THEKXIANTIE.

Mais cependant, seigneur, d'une lâche entreprise On ne peut trop pour vous redouter la surprise, 11 faut pourvoir sur l'heure à votre sûreté.

PLACIUIK.

Oui, madame, et punir qui l'aura mérité. Attendant que du crime on ait quelque lumière, Dans mon appartement je me fais prisonnière, Prête à répondre à tout on m'y peut observer.

SCÈÎS'E V

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