STILICON, ACTE IV, SCÈNE
Et mandant Slilicon, lui veut porsuadiT
Ile pourvoir en secret à le faire évader;
Mais loin i|ue Slilicon à cet ordre obéisse,
Si son lils est coupable, il consent qu'il périsse;
Kt quoi que de Félix il doive redouter,
C'est lui-même aussitôt qui le l'ait arrêter.
Voilà de Mutian ce que je viens d'apprendre.
PLACIDIE
Mou cœurdans ce qu'il sent a peine à se comprendre, La joie et le chagrin y viennent tour à tour Entretenir ma crainte, et flatter mon amour. Mes vipux d'Euchérius embrassent la défense, J'en voudrais déjà voir éclater l'innocence; Et par l'elïet d'un charme aussi doux que pressant, Je crains pour mon orgueil s'il se trouve innocent. A voir un malheureux que le destin opprime. On laisse agir pour lui tout ce (|u'on eut d'estime ; Et, quoiqu'assez souvent l'amour s'y trouve joint, La pitié l'autorise, ou ne s'en détend point. L'àme qu'elle séduit s'en laissant trop alteindre. Prend sujet d'admirer ce (pi'elle voit à plaindre; En vain dans cette ardeur on la veut refroidir, Elle se trouve émue et s'en ose applaudir ; Et, croyant d'elle-même être toujours maîtresse, Sur sa compassion excuse sa tendresse.
C'est parce senlimenl qui semblait m'y forcer, Que pour Euchérius j'ai cru m'intéresser ; Sa vertu que soutient l'éclat le plus insigne. D'un soupçon lâche et bas me la fait voir indigue; Et, pour en repousser l'injurieux abus, J'ai suivi de mon cœur le mouvement confus. Ce cœur s'est attendri, mais, quoiqu'il en soupire. Je doute si jamais il s'en voudra dédire. Et si dans un sujet son fier emportement Dédaignera toujours d'avouer un amant.
LUr.il.E.
Quelque tendre pitié qui vous poi-le à le plaindre^ 11 n'est guère en état de vous la faire craindre. La conjecture est forte, et l'indice pressant. Tout le rend criminel.
Mais il est innocent; Et de quoi que son cœur pour régner fût capable. Quiconque osem'aimer ne peut être coupable.