STILICON, ACTE IV, SCÈNE III
MARCF.IJ.IN.
Enfin on les confronte, Eur.hérius rougit de colère et de honte, Quoi que Félix soutienne, il ose le nier, C'est un lâche aposlé pour le calomnier. Qu'on lesexpose ensemble aux plus cruels supplices, On verra l'imposture, on saura les complices. C'est par là que Félix le convainc fin forfait, Il s'offre à les nommer, et les nomme en effet. L'empereur seul les sait, et leur rage l'étonné, Pour les faire arrêter l'ordre secret se donne ; Et comme si leur sort ne réglait pas le sien, Euchérius le voit et ne confesse rien.
PLACIDIE
Ah, le traîtrclll croit doncqne seslàchescoraplices, Sans trahir son secret braveront les supplices. Que rien par leur rapport ne doive être éclairci?
MARCELUX.
Madame, l'empereur va l'envoyer ici.
CommeFamour peut tout, vous aurez moins de peine A savoir. . Mais déjà le voici qu'on amène. Chacun va s'éloigner; peut-être sans témoins Son cœuravecque vous se déguisera moins.
SCÈ-XE III PLAQDIE, EUCHÉRIUS, LUCILE.
EUCHÉRIUS.
Quoiqu'on voie à l'envi l'imposture etl'envie Attaquer tout ensemble et ma gloire et ma vie, La plus âpre rigueur d'un si cruel efTort Laisse encor ma princesse arbitre de mon sort; Non quej'osedouter quel ordrejedois suivre : Qui n'en peut être aimé n'est point digne de vivre; Mais j'aurai moins de peine à renoncer au jour, Quand je croirai par là lui prouver mon amour; Et je ne craindrai point de voir ternir ma gloire. Si je meurs assuré de vivre en sa mémoire. Un prix si relevé rendra mes vœux contents; Et c'est de mon malheurleseul bien quej'attends.
PLAClDlr..
Vous pouvez l'espérer après ce grand ouvrage Qu'entreprenait pour moi votre illustre courage; Et j'aurais trop d'orgueil, s'il n'était adouci Paf l'iiorreur du forfait dont vous êtes noirci.
EUCHÉRIUS.
Ah! Madame, il est vrai, je commence àconnaitre Qu'innocent jusqu'ici, je cesse enfin de l'être, Puisque vous relâchant à soupçonner ma foi, Cette injustice en vous est un crime pour moi. De ma triste vertu les preuves imparfaites ■Vous ont abandonnée à l'erreur où vous êtes; Et dans un cœur si grand l'erreur qui le séduit, Rend toujours criminel quiconque l'y réduit. Un projet làchoct bas semble noircir ma gloire ; Maisenfin mon seul crime est que vous l'osez croire, Et que dans votre cœur mes respects ni ma foi N'ontjamais rien surpris qui vousparle pour moi.
Va, je hais les dédains qui t'en cachaient l'estime, S'ils te font ignorer la moitié de ton crime. Et veux bien un moment oublier ma fierté, Pour te reprocher mieux toute ta lâcheté. L'attentat le plus noir t'acquiert le nom de traître, Je t'envoisconvaincu vers l'État, vers ton mailre ; Mais je n'ypiiispenser que, surprise d'effroi, Je t'en trouve un second qui ne touche que moi. Ne dis pi us qu'à tes vœux mou cœur fut inflexible. Tout superbe qu'il est, tu l'as rendu sensible ; Etsonplusvaste orgueil n'a pu le garantir D'admirer ce qu'enfin je le vois démentir. C'est là ce crime, ingrat, oii t'aida ma faiblesse, Tu m'as injustement dérobé ma tendresse, Je me suis crue aimée; et l'offre de ta foi Sur ta feinte vertu m'a répondu de toi. L'amour i|ui contre moi soutenait un perfide, I.a peignait à mes yeux et brillante et solide; Et toujours cetéclat pour toi nvintéressant, Si Félix n'eût parlé, t'aurait fait innocent. Oui, pour juger en toi l'innocence opprimée, Il m'a suffi d'aimer, et de me croire aimée, Et de voir qu'en secret ma plus fière rigueur Te refusant ma main t'abandonnait mon cœur. L'aveu m'en est honteux, mais j'ai cet avantage Qu'au moins ton sang est prêt d'en réparer l'outrage. Et que l'éclat trompeur dont tu sus m'éblouir. N'a pu me l'arracher quand tu pus en jouir.
EUCHÉBIUS.
Ah! Souffre? qu'àloisirj'en goûte tousies charmes, i.a calomnie enfin me cause peu d'alarmes, ne mon destin trop tôt je m'étais défié ; 1, 'amour parle pour moi, je suis justifié. Avectantde fureur l'imposture m'accable.
Qu'à croire ce qu'on voit,je dois être coupable; Et quand tout me confond, Zenon assassiné Laisse pour me convaincre un témoin suborné. Mais que peut contre moi sa noire perfidie, Si mes soins ont touché l'illustre Placidie, Et si je vois l'amour, jaloux de mon trépas. Lui donner des clartés que les autres n'ont pas? Indigne de sa main, ma mort est nécessaire, Maisje ne dois mourir que pour la satisfaire. Et me punir enfin du coupable malheur De ne rien mériter au delà de son cœur. Prenez de ce défaut une prompte vengeance, Mon amour vous la doit de mon peu de naissance; Et la mort ne saurait offrir rien que de doux A qui vitpourvousseule, et nepeutêtreà vous. Hélas! Si cette gloire est la seule où j'aspire, Ne vivant que pour vous, veut-on que je con.spire, VA que ma passion ait cru vous mériter l'ar le forfait honteux que l'on m'ose imputer? Me serais-je flatté qu'un trône eût pu vous plaire, Teint du sangde mon maître et decelui d'un frère, l'A que d'un lâche orgueil votre cœur combatti' Héféràt tout au crime, et rien à la vertu? Non, non, si d'un beau sang la fierté peu flexible