SCENE VI
HONORIUS, THERM.\.NTIE, ELCHÉRILS, MARCELLLN, suite.
THEHMANTIE.
Seigneur, si la pitié peut assez sur votre âme Pourvouslaissersensible auxennuisd'une femme. Souffrez que par mes pleurs je tâche d'obtenir Que vous considériez ce qu'il vous faut punir. Je sais d'Euchérius où va la perfidie.
Mais c'est un criminel à qui le sang me lie; Et, quoi que pour sa peine il vous faille endurcir, La part que j'en viens prendre a droit de l'adoucir. Soufi'rirez-vous, seigneur, ce qu'on ne pourrait
[croire.
Le frère dans la honte, et la sœur dans la gloire; Et quand il est en butte au revers le plus haut, Me verra-t-on au trône, et lui sur l'échafaud'.' Qu'à lui sauver le jour mon malheur vous convie, La perte de mon rang vaudra bien une vie, La sienne vous est due, et pour la racheter Je descends de ce trône où j'eus l'heur de monter. Choisissez un lieu sûr, et l'y faites conduire, Qu'il y traîne ses jours incapable de nuire, Tandis qu'on me verra, dans un destin moins doux, Pleurer d'avoir à vivre, et de vivre sans vous.
EUCHKRIUS.
Le ciel sera pour moi, ne craignez rien, madame. Qui vit comme j'ai fait ne peul mourir infâme; Et vous avez du trône entière sûreté.
Si vous n'en descendez que par ma lâcheté.
HOXOHIUS.
N'attendez pas de lui l'aveu de mon injure, Accusé, convaincu, c'est toujours imposture; Pour mourir glorieux il suflit de nier.
THERMANTIE.
Je n'entreprendrai point de le justifier; Mais, seigneur, la prison dont vous ferez sa peine, S'il n'a point conspiré, rend l'imposture vaine; Et, s'il est criminel, un long et dur remords Lui peut faire au lieu d'une endurer mille morts.
HOXOlilL's.
Non, il ne mourra point, votre intérêt l'emporte.
Si son crime est bien grand, ma tendresse est plus Et ce qu'à l'amitié mon cœur aime à devoir [forte. Ne saurait plus laisser sa peine en mon pouvoir. Triomphe, ingrat, triomphe en conspirant ma perte, Ton juge est corrompu, ta prison t'est ouverte, Fuis, ne te montre plus; quels que soient les for- J'en serai puni seul à ne te voir jamais. [faits,
EICHÉRILS.
Que je consente à fuir, et que j'aide à l'envie...
HONORIUS
Quoi, me veux-tu forcer de m'immoler ta vie, Et crains-tu de rougir à voir ton empereur Montrer plus de bonté que tu n'as de fureur"?
EUCHÉRjus. [me
Seigneur, je puis mourir; maisle sort qui m'oppri- Ne me saurait contraindre à me charger d'un crime; El j'aime mieux d'un autre expier le forfait, Qu'avouer en fuyant ce que je n'ai point fait.
HOXORIUS.
0 d'un cœur infidèle insupportable audace! Tu trahis mes bienfaits pour te mettre ennia place; Et quand je cherche à voir tes jours en sûreté, Tu t'obstines encore à trahir ma bonté"?