‹ Théâtre complet. Nouv. éd., précédée d'une noticeChapitre 633 sur 1518 · LE GALANT DOUBLÉ, ACTE II, SCÈNE III · texte numérisé non relu

LE GALANT DOUBLÉ, ACTE II, SCÈNE III

En vain la plus parlai le aura louche leur âme, S'ils l'adorcnl maîtresse, ils la méprisent femme, Et leurs vœux attachés à de nouveaux appas, Dédaignent ce qu'ils ont pour tout ce qu'ils n'ont Voilà ce qui suspend tout ce que je propose, [pas.

BÉATIlIX.

Ue vrai, le mariage est une étrange chose ; Et qui s'en peut louer, pour en bien discourir. Au métier de forçat n'aurait guère à souffrir. La chaîne en est, dit-on, si rude et si pesante. Que, qui n'en gémit point, a l'âme bien constante ; El quand il faut choisir, jeune, galant, fleuri, Adroit, aimable, beau, c'est toujours un mari. On est bien empêché comme on s'y doit conduire. Trop de précaution souvent ne fait que nuire; En vain pour mieux échoir on y tait cent façons, Puisqu'enfin les mcillt'ursnesontjamais trop bons, Sansqu'un semblablechoix nous chagrine d'avan- II faut jeter les dés au hasard de la chance, [ce. Et dire, en risquant tout, puisqu'enfin on le veut. Dieu nous la donne bonne, et vienne ce qui peut.

C'est en dire un peu trop.

BKATHIX.

Ce n'est point là satire, Madame, croyez-moi, l'on n'en saurait trop dire. Il est de ces rêveurs, il est do ces jaloux, [nous. Qui se font plus de mal qu'ils n'en craignent de Qu'une femme s'échappe à voir un peu de monde, Leur chagrin en murmure, el lourdépiten gronde. Et dans leur rêverie à rendre un esprit fou. L'on n'est sage jamais si l'on n'est loup-garou. Pour moi, qui ne suis pas d'humeur trop cnduran- Si jamais d'un mari l'assemblage me tente, [te. Le contrat d'union, dans mon petit calcul. Aura plus d'une clause, ou demeurera nul. Il me sera permis de danser et de rire. Je verrai mes amis sans qu'il y trouve à dire. Et saurai le réduire à ne rien redouter De toutes les douceurs qu'on me viendra conter.

ISABELI.K.

Tu crois qu'il tiendra tout?

BÉATIIIX.

Hé bien, quitte à se battre.

Si j'enrage une fois il enragera quatre; Et, me mettant au pis, je sais qu'il trouvera Plus de fâcheux momenis ([u'il ne m'en donnera. Après tout, le meilleur est de vivre sans maître.

ISABEI.I-E.

C'est un état heureux, et je le sais connaître; Mais de quelque douceur qu'il flatle nos esprits. Le nom de vieille tille est un nom de mépris.

BÉATRIX

Aussi, ce qui doit bien refroidir notre envie. Quand on est marié, c'est pour toute sa vie; Et, pour qui s'en repent, à vous parler sans fard, L'espoir de se voir veuve est un triste hasard. Cette faveurdu ciel est toujours trop tardive, [rive, Nosbeauxjourssontpassés quandcegrand jour ar-

ICl le plus sou vent même, abusant nos souhaits. Il nous rit, il nous Halte, et n'arrive jamais. Mais pour vos deux amants, quel dessein est le vôtre'? ■Vous sentez-vous égale, et pou i- l'un el pour l'autre?

ISA HE M. i:.

Le choix, à dire vrai, n'est pas facile enlr'eux. Je tiens l'un plus galant, l'autre plus amoureux. D'abord don Dionis, en m'expliquant sa flamme, Lblouit ma raison, charma toute mon âme; Mais, si j'en juge bien, je lui vois chaque jour Plus de galanterie avecque moins d'amour. De celle passion il n'a que l'habitude, Il en prend les dehors, soupire par étude; El je crois, quand il lâche à lui donner crédit. Que son cœur ne sait rien de tout ce qu'il me dit.

BÉATRIX

Don Félix poui-ra donc emporter la balance?

ISABIÎLLE.

Si son feu brille moins, j'y crois plus de constance. Et je tiens qu'à l'hymen un esprit arrêté, Doit moins chercher l'éclat que la solidité.

BÉATRIX

Pourquoi permettre donc que son rival vous voie?

ISABKLLE.

Pour jiigei' mieux encor ce qu'il faut que j'en croie. Et c'est, pour me pouvoir exjiliquer avec lui. Qu'il avail eu de moi rendez-vous aujourd'hui. Tu sais que Léonora rompu la partie.

BÉATllIX.

Ma foi, je n'aurais point péché par modestie.

Sa visite àdeuiain eût recule renvoi;

On doit à ses amis quand on a fait pour soi.

ISABICl.LE.

Léonor seule ici me priant de l'attendre.

C'est le moins, Béatrix, ([ue je pouvais lui rendre;

Mais je la vois entrer.

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