LE GALANT DOUBLÉ, ACTE II, SCÈNE V
L'amour s'est bien vengé de son incjiiïércnce. Un aiilre don Fernaad pour Iroiihlcrnoni rupos...
In autre, dites-vous?
LISONOn.
Don Fcrnand d'Avalos.
Fn procès qu'à la cour il est venu poursuivre, L'a lire de tironade où le ciel le fait vivre; Et uics sens en lui seul se sont sentis flatlcs De tout ce qu'on peut voir d'aimables qualités. Sans savoir ce qu'en moi sa rencontre fit naître, "Vous savez l'accideul qui me le fit connaître. Alors qu'au bord du fleuve, où j'osai m'engager. Mes cbevaux s'eniportant m'eussent misendaijger, Si, soudain, à leur fougue opposant son courage. Il n'eût su m'épargner ce genre de naufrage. Je ne vous feivii point de récits superflus, Je le vis, il me plut, il me vit, je lui plus. Une pareille ardeur dans nos cœurs sembla naître; Mais,quelque effort alors qu'il fît pour me connaître, Malgré ce grand service il ne put rien savoir, Sinon qu'en ce lieu même il pourrait me revoir. Ainsi, dès ce moment, contre toute apparence, Mon amour commença par la reconnaissance; Et sans cesse mon cœur, par de secrets discours. S'entretient du péi'il pour songer au secoui's. J'aimais à me tenir cette image présente. J'évitais d'êlre ingrate, et me rendais amante; Et, pour me livrer mieux aux transports queje sens. L'amour se prévalait de l'erreur de mes sens.
Mais, engagée enfin à l'hymen par un père. Qu'est-ce dans cet amour que votre cœur espère?
LÉO.NOR
Tout, si d'un si beau feu l'impérieuse loi Peut attendre de lui ce qu'elle obtient de moi. (i'est par ce seul motif qu'il m'a vue obstinée A lui taire et mon nom et de qui je suis née; Et qu'à le voir souvent ayant su m'obliger. Avant qu'il me connût j'ai voulu l'engager, [dent L'amour, dont on sait tropjusqu'oùlesdroitss'éten- Est toujours favorableà deux cœurs qui s'entendent; Et, pour rompre un hymen qui confond mon espoir, Poui'vu qu'on l'en consulte, il a trop de pouvoir.
Mais l'époux arrivé, que pouvez-vous prétendre?
LËoxon.
C'est ce qu'à don Fernand j'ai résolu d'apprendre; Et, pour lui découvrir cet important souci, Jacinte, qui l'allend, va l'amener ici.
Je m'en suis cru chez \ous la liberté permise.
Il n'est rien qu'avec moi l'amitié n'autorise.
LÉUNOU.
Le logis de derrière ouvre en un lieu désert. Par où le faire entrer sans qu'il soit découvert ; Jacinte en est instruite, et sait ce qu'il faut faire.
Celte précaution était peu nécessaire;
Qui vit comme je fais, sans dèlour, sans façon, Brave la médisance, et craint peu le soupçon. Mais enfin, aujourd'hui vous lui voulez tout dire?
LKONOM.
Non, maiscc seul hymen dont mon amour soupire, El, par ses sentiments, prendre droit de juger Jusqu'où, pour y répondre, il me doit engager.
Souvent un beau dehors a l'art do nous séduire.
LÉO^OR
Aussi, par VOS conseils Je cherche à me conduire- Et ce qu'il veut savoir ne lui sera connu. Qu'après que vous l'aurez vous-même entretenu. Vous sondci-ez son cœur, étudierez son àme; Et j'éteindrai par vous, ou nourrirai ma flamme.