SCENE V ISABELLE, BÉATHIX
BÉATRIX
Vous VOUS délierez d'eux, Et voudrez croire encor que le tout soit adresse?
Nomme ma détiance iujustice ou faiblesse, Condamne sur mes sens ce qu'elle a de pouvoir, Dans ces occasions on n'en peut trop avoir.
BÉATRIX
Quoi, vous la croiriez juste, après ce qui se passe ?
Je plains de don Fernand la fâcheuse disgrâce; Mais, crois-moi, ses détours vont être superflus. Puisqu'il est arrêté, don Dionis n'est plus. Son valet qui le suit fait voir le stratagème.
BEATRIX
J'en avais cru d'aljord la ressemblance extrême; Mais ici tout à l'heure, à le voir de plus près. J'ai fort bien remarqué qu'ils n'ont pas mêmes Qui s'y veut attacher en voit la dilférence. [traits;
ïu seras toujours folle avec ta ressemblance. Enfin, c'est don Juan qui t'a gâté l'esprit; Il n'est rien de plus vrai que ce qu'il nous a dit! Voilà comme tu crois, sitôt que l'ou t'en conte.
BÉATRIX
Bien d'autres là-dessus ont la croyance prompte, Et quand je m'examine, au moins, vois-je de quoi Mériter les soupirs qui s'adressent à moi. Qu'on en vieune aux transports, qu'on se plaigne,
[languisse, Pourquoi ne croire pas que l'oa me rend justice? La fausse modestie est des faibles esprits; Après tout, il est bon de connaître son prix; Quelques vœux dont chacun à l'envi nous accable. Qui cr'oit en être digne, en devient plus aimable. Pour moi, qui sur moi-même ouvre assez bien les
[yeux Je sais ce que je vaux, et j'en crois valoir mieux ; J'en prends un droit d'empire, un airdc confiance, Qui force les plus fiers, et prend lescœurs d'avance; Un peu d'orgueil sied bien pour en venirà bout; Et, pour grossir la troupe, on fait armes de tout. Vous savez qu'en anianls je ne hais pas la foule, La beauté se flétrit, la jeunesse s'écoule; Et je tiens qu'eu notre âge il faut, sans consulter. Prendre tout au hasard de ce qu'il doit ruster.
Je te soufl're l'erreur qui t'a toujours flattée; Mais dans mon cœur enfin la chose est arrêtée; Et, quand don Dionis serait tel que tu crois. J'ai su pour don l'clix déterminer mon choix. Son retour à .Madrid que dans peu l'on espère,
S'il est toujours le même, achèvera l'affaire; Et, si pour Léonor j'étais hors de souci... Mais je vois don Juan.