ACTE PREMIER
SCÈiNE I SINORIX, PHÉDIME
SINORIX.
Tu dis vrai, clier Phédime.ou aiiraitpeine àcroire Qu'un fçrand cœur soupirât au milieu de la gloire, Qu'au faîle des grandeurs Sinorix élevé Souhaitât dans leur pompe un bien plus achevé; Et que de tant d'honneurs sa lortune suivie, Put opposer quelque ombre à l'éclat de sa vie. Il n'est rien au-dessus du rang où tu me vois. Toute la Galatie obéit à mes lois;
■i Un vieux droit, que soutient un peu de violence. M'a laissé sur le trône établir ma puissance; On me flatte, on me craint, chacun m'odre des vœux. Cependant, tu le sais, je ne suis pas heureux.
■I Depuis six mois je régne, et régne sans obstacles; Mais le sort fait en vain pour moi tant de miracles. Si du plus digue objet trop vivement charmé, J'aime pour mon supplice, et ne puis être aimé.
PHÉDIME
C'est vous plaire, seigneur, à nourrir votre peine. Que d'expliquer si mal les refus de la reine. Qui peut-être, en secret brûlant déjà pour vous. N'ose encor par devoir vous prendre pour époux. Quelque éclat à ses yeux dont la couronne brille, J Elle est veuve d'un roi qui vous donnait sa fille. Et qui, par votre hymen, lui faisait éviter
D'avoir avecque vous un Irône à disputer, [frage Du peuple qui vous craint l'entier et prompt suf- Voiis en a fait sur elle emporter l'avantage; Et lorsque tout l'Élat respecte en vous son roi. Vous la laissez sujette, et lui manquez de foi. L'alTront est grand, seigneur, et, quoique dans sa Le nom de belle-mère engage peu la reine, [haine Du moins l'houneur la force à prendre l'intérêt De la fille d'un roi qui la fît ce qu'elle est. Voilà ce qui vous nuit, et vous nuira sans cesse. Si vos ordres enfin n'éloignent la princesse. /
Otez-kii cet obstacle, et vous verrez soudain Hue son cœur adouci vous répond de sa main.
SIN'ORIX.
Je vois bien qu'il le faut, mais le puis-je, Pliédime, Sans m'exposer encore à trembler de mon crime. Et revoir quel excès d'injustice et d'horreur Déjà de mon amour a suivi la fureur?
A ses brûlants transports livrant toute mon âme, J'ai perdu le mari pour acquérir la femme; Des beau lés de la reine éperduement épris. D'un parricide alTreux je l'ai faite le prix; l£t, pour rompre du roi ce second hyménée, J'en ai par le poison tranché la destinée ; C'est peu de Sinatus à ma rage immolé. Si mon devoir ailleurs n'est encor violé, llésione sa fille à qui son choix m'engage. De mes lâches mépris soulTre l'indigne outrage; I-;t,ponr forcer les maux dont mon cœurcstatteint, Son exil est un ordre où je me vois contraint.
PHÉDIME
.Uaiâ lui-même à sa perte engagea votre flamme, H vous donnait sa fille, et vous aimiez sa femme; Et, dans un sort si dur, la seule mort d'un roi