GAMMA , ACTE I, SCÈNE III
Qu'au droit qu'expliqua moins la raison que la roi'ce; Le peuple Cul liinidc, et, vous voyant armer, Préféra le tyran qui pouvait l'opprinier.
SIiNORlX.
Hé bien, je suis tyran; ma seule violence Fut le droit qui m'acquit la suprême ]>uis5ance, Le crime est noir et lâche, il fait horreur à tous, Mais, causé par l'amour, est-il crime pour vous? Cet amour n'aurait eu qu'une ardeur imparfaite, S'il m'eût souffert l'adront de vous laisser sujette. Et seul au vol d'un trône ayant su me forcer. Je ne l'ai fait, du moins, que pour vous y placer.
GAMMA
Et lorsqu'à cet excès monte votre injustice, ■\'ons trouvez glorieux de m'en rendi'e complice, El ce parfait amour, qui cherche à m'obliger. Ne le peut qu'en m'offrant son crime à partager? Qu'ici nos sentiments diffèrent l'un de l'autre! Vous trahissez ma gloire, et j'ai soin de la vôtre; El, quand pour m'abaisser vous m'offrez votre foi, Je cherche à faire en vous un légitime roi. Qu'à ces vives clartés votre aveuglement cesse. Pour mériter le trône épousez la princesse, Et, lui rendant des vœux à sa flamme échappés, Possédez justement ce que vous usurpez.
SI.NORIX.
Si j'en formai pour elle, on ne les vit paraître Que quand mon cœur pour vous n'osait se biencon- Et que son zèle ardent par un adroit détour, [naître. Cédait à mon devoir les soins de mon amour. Ce cœur en qui l'espoir n'aurait pu qu'être uucrime> Ne vit qu'elle, après vous, digne de son estime; Et pour ce triste hymen, mal instruit de mon feu, Sinatus le pressant, je donnai mon aveu; Mais sitôt que sa mort, laissant agir ma flamme, Du secret de mes vœux eut dégagé mon âme, Libres dans leur hommage, il leur fut assez doux D'être encore en état de s'expliquer pour vous. Ainsi, ce qu'ils cachaient se fit bientôt connaître, Je parus inconstant, afin de ne pas l'être. Et fis voir qu'à mon feu, pour oser s'exprimer. Il manquait seulement que vous pussiez aimer. Vous le pouvez, madame, et de vos vœux mai tresse...
GAMMA
Non, non, c'est présumer en moi trop de faiblesse. Quoi qu'un trône ait d'éclat, il n'a rien d'assez doux Pour me faire trahir les mânes d'un époux. Il est mort, et sa fille, en ce malheur extrême. Du moins par votre hymen a droit au diadème. Vous pouvez à ses yeux en ceindre un autre front, Mais ce n'est point par moi qu'elle en aural'alfront. Pouren donner l'aveu, quoi que vous pussiez faire, La source de mon sang à mon cœur est trop chère ; Et l'on ne verra point qu'infidèle à ce sang J'aide à la tyrannie à lui voler son rang.
SINOBIX.
AhlPuisquevouspriMiez quelque soindema gloire, Sauvez-lad'un péril plusgrandqu'onnepeutcroire, ' Et ne me forcez point, lorsque je m'en défends.
A mériter l'horreur que l'on doit aux tyrans. J'aime une reine auguste, et celte ardeur est telle. Que n'aimant et le trône et le jour que pour elle. Mon cœur que ses dédains peuvent pousser à bout. S'il suit son désespoir, est capable de tout. Daignez m'en épargner la fatale disgrâce.
CAMMA
Vous avancez beaucoup d'employer la menace. Je ne vous dirai point s'il la faut redoubler, Maismoncœurestàvousquand il pourra trembler.
SINOHIX.
Hé bien, pour me punir allez jusqu'à l'outrage, Noircissez ce beau feu dont vous fuyez l'hommage. Malgré tant de mépris redoublez chaque jour. Dans un respect égal vous verrez mon amour. Je vous le jure encor; mais pour le satisfaire. Sachant ce qui me nuit, je sais ce qu'il faut faire; Et, lui devant l'éclat d'un trop juste courroux, Je puis être tyran pour d'autres que pour vous. Je vous laisse penser, madame.