‹ Théâtre complet. Nouv. éd., précédée d'une noticeChapitre 679 sur 1518 · SCENE IV CAMM.X, HÉSIONE, PIIÉMCE · texte numérisé non relu

SCENE IV CAMM.X, HÉSIONE, PIIÉMCE

HÉSIONE

.Madame, je ne sais si dans ce qui se passe

De mes ressentiments vous approuvez l'audace,

Et si de mon orgueil l'éclat impétueux

N'a rien pour Sinorix qui contraigne vos vœux.

Il lâche à les séduire, et le trône...

GAMMA

Oui, princesse.

Mais qu'ils cèdent ou non, que ce scrupule cesse. L'injure qu'on vous fait, et qu'il faut réparer, A leur ambition n'a rien à déférer.

UKSIO.NE.

Un zèle dont l'ardeur me sera toujours chère, M'oblige à respecter la veuve de mon père; Et je ne croirais pas y répondre assez bien, Si sur votre intérêt je ne réglais le mien.

GAMMA

Donc, si j'ose accepter l'offre d'une couronne, Ce zèle généreux soudain me l'abandonne? Sans vouloir rien prétendre il m'en cède l'espoir?

HÉSIOXE.

Pour m'y résoudre, au moins, je voudrais le savoir.

GAMMA

Si ma façon d'agir vous l'a fait mal comprendre. Par de plus grands effets il faudra vous l'apprendre ; D'un doute trop cruel votre esprit est atteint.

HÉSIONE

Je sais que Sinorix vous accuse, et se plaint, Mais souvent le dehors n'esl qu'une adroite feinte, Qui résiste le plus, aime à céder contrainte; El cet amusement des crédules esprits Fait subsister l'espoir au milieu des mépris.

GAMMA

A d'étranges soupçons le chagrin vous expose.

HÉSIONE

Je veux bien l'avouer, Sostrate en est la cause. Il vous voit si souvent, que, comme il m'ose aimer, Vos secrets entreliens ont droit de m'alarmer. Il croit, si le tyran vous avait épousée. Que mon cœur lui serait une conquête aisée; Et c'est à quoi, sans doute, il lâche à vous porter.

GAMMA

11 en a l'ordre au moins, s'il veut l'exécuter.

HliSIONE.

Qui l'en empèchei'ait?

GA.M.MA

Ma volonté, peut-être.

Ou quelque autre raison que l'on ne peu! counaitre.

HKSIOKE.

Mais vous l'auriez souffert un peu plus rarement.

GAMMA

Je n'ai pas cru devoir en user aulremenl.

HÉSIONE. [drc. >

Quand on ne prétend rien, on doit peu se contrain-

CAMMA, AGTI-: II, SCKNK I.

CAMMA

Il esl lion (|uelquefois de se forcer à feindre.

HlisiO.NE.

C'est pour une grande àme un scnlinieut trop bas.

CAMMA

Uni, mais j'ai des secrets qu'on no pénétre pas.

HÉSIO.NE.

Je n'ai pas mérité d'en savoir le mystère.

CAMMA

Vous en usez si mal que j'ai lieu de me taire; Mais enfin je pardonne à l'aigreur où vous mot I/injui'ieux éclat de l'alfroul qu'on vous lait. Sans me considérer, pressez-en la vengeance, Je la verrai sans peine ; et, pour plus d'assurauce, Je vous laisse Sostrate, avec qui consulter Des moyens les plus sûrs de bien l'exécuter.

SCÈKE V HÉSIONE, SOSTR.\TE.

HÉSIO.NE.

Viens, Sostrate, il est tempsquejet'ouvrcmon àme Sur l'espoir, dont enfin tu peux llatler ta tlamme. Tes soins de mon orgueil en poursuivent l'aveu ?

SOSTRATE

.Madame, le respect accompagne mon feu.

Siuorix jusqu'à vous en a porté l'audace; Mais, quoi<iue son appui combatte ma disgrâce, Vous me pouvez toujours défendre d'espérer. Sans que mon cœur jamais en ose murmurer.

HÉSIO.NE.

Tu me l'as fait paraître, et j'aurais lieu, sans doute, D'admirer les efforls que ton respect te coûte. Si d'un charme trompeur ton esprit combattu Ne laissait contre moi séduire la vertu. Ta foi pour Sinorix cherche à gagner la reine?

SOSTRATE

Vers toute autre ce soin pourrait vous mettre en Mais tant de fiers mépris... [peine;

HÉSIONE

Ne les vante point tant.

J'en connais l'artifice, et vois ce qu'elle attend. Tu verrais le tyran toucher bientôt sou àme Si j'avaisde ma main recompensé ta flamme. Et donné lieu, parla, de rejeter sur moi L'affront de me réduire à me manquer de foi ; Mais, si ce seul espoir l'engage à se contraindre, Elle me connaît mal de s'obstiner à feindre, Et d'oser présumer qu'un cœur comme le mien Par mon hymou jamais autorise le sien.

SOSTRATE

y II est juste, madame, et l'ardeur de vous plaire N'enfle pas mes désirs d'un orgueil téméraire. Jusqu'à prétendre enfin qu'elle aura le pouvoir...

HÉSIONE

Va, c'est un peu trop tôt renoncer à l'espoir; Non que par cet aveu que lu n'osais attendre. Flattant la passion, je veuille la surprendre. Je ne te dirai point qu'elle ait pu m'entlammer.

.Mais, si je n'aime pas, du moins je puis aimer. C'est à toi de chercher à m'en rendre capable; .Mon estime déjà t'est assez favorable, Je connais ton mérite, et sais (|ue dans ton rang Jamais plus de verlu ne soutint un beau sang. Tu vois quejecommence, achève, entreprends, ose, Peut-être un seul obstacle à ton bonheur s'oppose, J'aspire à me venger, et ce fier mouvement Éloigne de mon cœur tout autre sentiment. Plein d'une passion et si juste et si forte. Pour y faire entrer l'une, il faut que l'autre en sorte; El la tlamme à l'espoir cherche en vain quelque jour, .V moins que la vengeance ait fait place à l'amour. J'ai reçu du tyran le plus sanglant outrage, Tu le sais, je n'ai rien à dire davantage. Ou du feu qui te brûle écoute moins l'appas, Ou ne m'offre ton cœur qu'en suite de ton bras.

SOSTRATE

Quoi...

HÉSIONE. [tonne,

Ne réplique point, quand ce grand coupt'é- V'ois que je suis la reine, et que je te l'ordonne; Et, si ta lâcheté me prépare un refus, Ne me le fais savoir qu'en ne me voyant plus. C'en sera l'assurance. Adieu.

SOSTRATE, seul.

Que fuir la vue .N'est-ce tout le péril d'un ordre qui me lue! Mais, las! Forcé d'aimer, quels seront mes souhaits S'il faut trahir partout, ou n'espérer jamais"?

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