‹ Théâtre complet. Nouv. éd., précédée d'une noticeChapitre 694 sur 1518 · SCÈNE VI SINORIX, HÉSIONE, SOSTRATE, PHÉDIME · texte numérisé non relu

SCÈNE VI SINORIX, HÉSIONE, SOSTRATE, PHÉDIME

SOSIME, GARDES. SrNORIX.

Princesse, tant d'orgueil lasse ma patience. La reine ici toujours garde pleine puissance; Et quand vous l'offensez, c'est à moi de venger Les outrages piquanls qu'elle ose négliger. Voyez que sous vos pas s'ouvre le précipice. Si je veux consentir à me faire justice. C'est à vous de songer à vous mieux secourir...

HÉSIOXE.

A quelle indignité je te vois recourir !

Quoi, surcevain courroux tu crois queje me rende?

Éclate, ordonne, agis, c'est ce queje demande;

Mais ne t'arrête pas, quand tu peux m'accabler,

A l'inutile effort de me faire trembler.

Je te l'ai déjà dit, tyran, quoi que tu fasses,

Je te -dédaigne trop pour craindre tes menaces.

Du destin qui me perd la fatale rigueur

Ne saurait abaisser ni mon rang ni mon cœur;

Malgré sa lâcheté j'ai l'âme toujours vaine.

Malgré ta trahison je suis toujours ta reine;

Et j'ai la joie, au moins, que Ion heureux projet.

S'il le fait mon tyran, te laisse mon sujet.

smoRrx.

Mais un pareil sujet en peut aimer le titre, Quand du sort de sa reine il s'est rendu l'arbitre, Et qu'il en peut tenir le pouvoir limité 1 Dans les emportements de sa seule fierté. î Pour la gloire du rang, conservez-la. madame, I Tandis qu'à d'autres soins je livrerai mon âme, I Et chercherai sur qui, dans ce noir attentat, j De mon ressentiment doit s'étendre l'éclat. I J'en sais dont en ma cour l'appui secret vous flatte.

HÉSIONE

I le les éprouve donc plus lâches que Sostrate. I C'est lui seul dont le zèle à mes désirs se rend, • Je m'explique, il est prêt, j'ordonne, il entreprend. Tu tiens le criminel, je t'offre sa complice.

SOSTRATE

, Madame, qui vous porte à vous faire injustice, A vouloir de mon sort partager le courroux ?

J'entreprends, il est vrai, mais ce n'est pas pour Par mon seul intérêt j'ai dû... [vous.

HÉSIOXE.

Qu'oses-tu dire ?

Je t'ai sollicité, c'est ton bras qui conspire; Et tu cherches en vain à rejeter sur toi Les motifs d'un beau coup qui ne sont dus qu'à

SOSTRATE. [moi.

Mais, madame...

HÉSIOXE.

Non, non, c'est m'offenser, Sostrate, Souffre d'un grand projet que la gloire me flatte. Où le péril est beau, m'empêcher d'y courir, C'est «l'arracher la part que j'en puis acquérir.

SIXORIX.

Quoi, généreuse assez pour ne lui pas survivre?

HÉSIOXE.

Ne pouvant le sauver, du moins je dois le suivre, Et n'aurais dans mon sort à me plaindre de rien, Si, te donnant mon sang, je conservais le sien.

SIXORIX.

Hé bien, pour satisfaire à celte noble envie, Je vous mets en pouvoir de lui sauver la vie. Oui, quoi qu'il ait tenté, je laisse à votre choix D'empêcher contre lui la rigueur de nos lois. Sostrate doit périr, tout le veut, tout m'en presse; Mais je puis épargner l'époux de la princesse; Et sa grâce pour vous est un effet certain Si pour prix de son crime il obtient votre main.

SOSTRATE

Non, seigneur, ordonnez la peine qui m'est due; Quand je verrais pour moi la princesse rendue. Sachant quelle contrainte elle en pourrait sentir, Jamais, jamais ce cœur n'y voudrait consentir.

SIXORIX.

Fais, fais le magnanime, et souffre à ton audace De braver ma vengeance, et rejeter ma grâce; Mais, j'en jureles dieux qui m'ont soumis ton sort, Elle n'a que ce choix, son hymen, ou ta mort.

HÉSIOXE.

Le détour est adroit, et me mettrait en peine S'il pouvait m'empêcher de voir que je suis reine; Mais ma main dans ce rang ne saurait se donner Qu'en remplissant le droit qu'elle a de couronner. Par là. de son refus ne crois pas qu'on s'étonne, Ta fureur m'a ravi ce qu'il faut qu'elle donne; Et tu m'êtes ainsi, par tes lâches forfaits, l.e pouvoir d'accepter l'offre que tu me fais.

SIXORIX.

Il mourra donc, madame, et vous aurez la gêne De voir que vos mépris feront toute sa peine, Et que de votre main ce refus éclatant Redoublera l'horreur de la mort qui l'attend. Au moins, ce lui doit être un supplice assez rude De n'en devoir l'arrêt qu'à votre ingratitude, Et de voir qu'en elTet qui doit le secourir, Quand je veux le sauver, le condamne à périr.

HÉSIOXE.

Va, nous saurons dans peu, malgré ta lâche audace,

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