‹ Théâtre complet. Nouv. éd., précédée d'une noticeChapitre 7 sur 1518 · XII NOTICE SUR THOMAS CORNEILLE · texte numérisé non relu

XII NOTICE SUR THOMAS CORNEILLE

Ces sept médaillons sont ceux que le lecteur retrouvera dans cette belle publication, reproduits avec l'exactitude authentique des procédés nouveaux, et l'on verra si la féerie moderne a rien inventé qui lui appartienne ; si ses trucs les plus familiers : le décapité parlant, l'homme coupé en morceaux dont les membres se rajustent d'eux-mêmes, l'hydropisie passant d'un sujet dans un autre, ne datent pas de deux siècles au théâtre, je dis au théâtre seulement, étant peut-être aussi anciens que toute la sorcellerie antique.

Le clou du l'rimnphe des Dames fut le spectacle iidèle donné au public parisien d'un de ces brillants tournois à pied, réservés jusqu'alors pour le divertissement des princes et des rois.

Fortune rapide et changeante du théâtre ! la plus éclatante était déjà bien peu réelle alors, puisque tous ces succès ne mirent pas Thomas Corneille en état de faire à son illustre frère une mort moins dénuée! Mais les mauvais temps allaient venir pour lui-même. Lorsque Thomas Corneille donna le Baron des Fondrières, le clou cassa ; la pièce n'eut qu'un jour et ne fut pas imprimée. La fameuse cabale des sifflets, qui commença, suivant l'immortelle épigramme de Racine, à VAsper de Fontenelle, se tourna contre l'oncle avec autant de rigueur qu'elle avait sévi contre le neveu et lui signifia cruellement son congé en 1695, à la représentation de Bradamante.

Thomas Corneille se soumit dignement en tête de la pièce imprimée : « Mais enfin », c'est ainsi que se termine son avis au lecteur, « il y a des temps pour tout, et s'il est un âge qui semble permettre ces sortes d'amusements, il en est un autre qui demande qu'on songe à la retraite. »

Thomas Corneille était âgé de soixante-dix ans; sa vue s'affaiblissait, si même il n'était pas déjà devenu aveugle; il n'entreprit pas moins de faire deux dictionnaires aussi considérables l'un et l'autre que celui de l'Académie française et qui en étaient un double complément : le Dictionnaire technologique des arts et métiers, \e Dictionnaire universel d'histoire et de géographie.

Il était entré lui-même à l'Académie française, comme successeur de son frère, en I680, dans cette séance à jamais célèbre où Racine, prononçant le magnifique éloge de Pierre Corneille, dut se rappeler en secret ces deux vers de la Mort de Pompée :

0 soupirs ! ô respect! oh! qu'il est doux du plaindre Le sort d'uu ennemi quand il n'est plus à craiudre!

Thomas Corneille mourut aux Andelys, le 8 décembre 1709; il avait alors quatre-vingtquatre ans. L'Académie lui donna pour successeur Houdart de la Motte. C'était un aveugle qui succédait à un autre, par le droit d'un mérite réel et le rapport touchant d'une infirmité commune. Si le fauteuil des deux Corneille eût passé, la chose était possible, de La Motte à Lesage, de l'auteur de Turcaret à l'auteur de la Métromanie, deux aveugles aussi, deux esprits d'ordre supérieur, qui ne furent pas académiciens, il aurait été le fauteuil des OEdipes de la littérature française.

EDOUARD Thierry.

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