‹ Théâtre complet. Nouv. éd., précédée d'une noticeChapitre 700 sur 1518 · SCENE IV GAMMA, SOSTRATE · texte numérisé non relu

SCENE IV GAMMA, SOSTRATE

CAMMA

Sous quel voile trompeur le lâche se déguise! A me tyranniser sa gloire l'autorise; Quand il m'arrache l'àme, il agit par vertu, Ah I Sostrate, Sostrate, à quoi me réduis-tu?

SOSTRATE

Voudrez-v9us pour le prix de l'amour le plus rare, Avouer mon destin de l'heur qu'il me prépare. Et laissant Sinorix dans son aveuglement. Honorer d'un soupir la perle d'un amaut?

GAMMA

Tu dois être content si son erreur t'est chère; Ton amour l'a fait naître, et je saurai la taire; Tu le veux, j'y consens, elle aura son effet.

SOSTRATE

Ah! Puisqu'il est ainsi, que je meurs satisfait! Madame...

CAMMA

Quoi, mourir"? Tu me crois assez lâche Pour te livrer au sort dont ta vertu m'arrache"? Si je cache l'abus qui t'expose à périr. C'est par la seule peur de te mal secourir. Le tyran, redoublant la rage qui l'anime, De ton amour pour moi te pourrait faire un crime, Et dans son désespoir, sa fureur le pressant, Confondre le coupable avecque l'innocent. Ainsi, mon imprudence à suivre cette envie. Du moins à ce péril exposerait ta vie; Et, quand je te la dois, c'est à moi de trouver L'infaillible moyen de te la conserver.

SOSTRATE

Quel moyen où l'amourn'a pointeu de puissance!

CAMMA

Celui que d'un tyran m'offre la violence.

SOSTHATE.

(Juoi, madame...

r.AMMA.

Je tremble à me le proposer, J'en frémis, mais enfin il le faut épouser.

SOSTRATE

Lui, contre qui tantôt vous osiez entreprendre?

CAMMA

Lui, dont encor le sang me plairait à répandre,

Lui, dont, si le hasard m'offrait un coup certain,

Au péril de cent morts j'irais percer le sein;

Mais cette occasion si difficile à prendre.

Tu me mets hors d'état de la pouvoir attendre.

Tn vie est en danger; et, pour te secourir.

Il me faut faire plus mille fois que mourir.

Il me faut consentir qu'un honteux hyméuée

A mon lâche tyran joigne ma destinée.

Il me faut violer les devoirs les plus saints.

Ne me condamne point, c'est toi qui m'y contrains.

C'est toi qui, t'opposant à ma noble colère,

Me plonge dans un gouffre où tout me désespère.

Où, quoi que mes malheurs offrent à mes regards.

Ce n'est que désespoir, qu'horreur de toutes parts.

Où, d'un triste devoir déplorable victime.

Je connais, je déteste, et couronne le crime"?

Mais je raisonne en vain sur un point résolu.

Il n'y faut plus penser, c'est toi qui l'as voulu.

SOSTRATE

Hé bien, de tous ces maux où seul je vous expose, Souffrez-vous la douceur de voir punir la cause? Et ne m'enviez point la gloire d'une mort Qui de tant de malheurs affranchit votre sort. Par ce profond respect dont l'assurance ofTerte...

CAMMA

Moi, que si lâchement je consente à ta perle! Que te devant le jour je t'en laisse priver!

SOSTRATE

Hélas, madame, hélas! Pouvez-vous me sauver? En l'état où je suis ma mort est assurée, Mon maître et mon amour à l'envi l'ont jurée ; Et je la vois partout certaine à recevoir. Ou d'un arrêt funeste, ou de mon désespoir. Rendre par votre hymen cet arrêt inutile. Pour une seule mort c'est me livrer à mille. C'est changer la douceur du sort le plus heureuv En tout ce que sa haine a jamais eu d'affreux. Mon âme à ce penser de frayeur possédée, D'un si crue! revers n'ose prendre l'idée. Ni montrer à mes sens interdits, égarés. Toute l'horreur des maux que vous me préparez. Leur menace déjà rend mou tourment extrême. Madame, par pitié, sauvez-moi de moi-même. Et ne remettez point à mes vives douleurs A contraindre ma main de finir mes malheurs.

CAMMA

Le dessein que je prends t'est un rude supplice, Je le sais, mais toi-même en loueras la justice,

GAMMA, ACTii IV, SCÈiNE V.

Puisque par sa rigueur je rends ce que je doi

A eu ipi'a fait ton zèle, et pour, et contre moi,

En urarrétanl le bras, et ni'iuimolaut la vie.

Tu m'as eu même temps olTeusée et servie;

Et je dois, par l'Iiymen dont tu me vois presser,

Te punir tout ensemble, et te récompenser.

Devant tout aux motifs de ta noble imposture,

Il m'acquitte vers toi par le jour qu'il t'assure;

Et m'ayant outragée à secourir ton roi.

Par riiorreur de me perdi'e il me venge de toi.

Ainsi des deux cotés il fait plus qu'on ne pense,

En payant le service il répare Tolfense ;

Et de tes jours sauvés te faisant un tourment,

Au prix qui les rachète il joint le châtiment.

S0STH.4TE.

Uuelle justice, hélas! votre haine autorise! Jai rompu, je l'avoue, une triste entreprise. Mais ce crime est-il tel que, bien examiné. Il mérite la peine où je suis condamné? Faut-il que mou devoir toujours inébranlable M'attire un châtiment qui n'a poiutde semblable, Et pour vous satisfaire en de si rudes coups, La mort que je demande en est-elle uu trop doux?

GAMMA

Si la sévérité qu'exerce ma vengeance Paraît à ton amour au-dessus de l'offense. Aussi, quoi que pour moi ton zèle ait entrepris, Tu vois que le service est au-dessous du prix. C'est une illustre mort que ton amour affronte. Mais, pour la détourner, je me couvre de honte; Mou zèle à mon péril sacrifiait tes jours. Et j'immole ma gloire à celui que tu cours. Pour toi, je l'asservis au sort le plus infâme. De mon tyran, pour toi, j'ose me rendre femme. Déshonorer mon rang, obscurcir ma vertu. Sostrate, encore un coup, à quoi me réduis-tu?

SOSTBATE.

Mais, vous-même obstinée à me perdre, à vous nuire, A quoi, madame, à quoi vous osez-vous réduire? Au plus honteux projet votre cœur se résout, Il le sait, il le voit.

CAMMA

Je vois tout, je sais tout.

Mais en vain de mon sort l'épouvantable image Te laisse quelque espoir d'ébrauler mon courage, Pour te sauver le jour l'effort est résolu; Je te l'ai déjà dit, c'est toi qui Kas voulu.

SOSTRATE

Dites, dites plutôt que du trône touchée Votre àme à la vengeance enfin s'est arrachée, Et voit avec plaisir le suprême pouvoir Étoulfer par l'empire un si juste devoir. Que des vœux d'un sujet l'importune mémoire. D'un reproche houleux accablait votre gloire. Et que, quoi que de vous ait mérité ma foi, Il fallait m'en punir en épousant un roi. j Dites qu'à les souffrir vous ayant su contraindre, I Le sort le plus cruel ne me rend point à plaindre, ( Que si vous conceviez une plus rude mort...

Mais où m'emporte, hélas ! mon aveugle transport ? X sa coupable audace ordonnez un supplice. Madame, je le sais, je vous fais injustice. Mais, ce cœur déchiré par mille alfreux combats, S'il vous en faisait moins, ne vous aimerait pas. Dans l'excès des malheurs que le ciel a fait naître, Qui ne se conuaît plus, peut ne vous pas connaître ; Je me perds, je m'égare, et dans mon désespoir, Je ne puis écouter ni raison, ni devoir; Mou amour s'abandonne au torrent qui l'entraîne.

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