‹ Théâtre complet. Nouv. éd., précédée d'une noticeChapitre 707 sur 1518 · GAMMA, ACTE V, SCÈNE III · texte numérisé non relu

GAMMA, ACTE V, SCÈNE III

S'iiidigiiail (l'un hymen qui me rendail heureux; Et ma morL...

GAMMA

Je le sais; mais Siiiorix, écoute, Il est d'autres secrets dont tu peux être en doute, Et j'ai ((uclques clartés acquises par hasard, Uonl il est juste eului que je te fasse part. Mon hymen, si j'en crois les transports de la llam- Faisaiti'u nique hienciui pût toucher ton àme; [me. Et malgré tes soupirs tant de fois repoussés, Tes vœux, de ce côté, viennent d'être exaucés. Ainsi le ciel souscrit à quoi que tu prétendes. Je t'ai donné la main, tu règnes, tu commandes. Et tu ne vois plus rien dont la possession Irrite ton amour, ou ton ambition.

Mais quand toui à l'envi ré|)ond à ton attente. Si l'on te voit content, je ne suis pas contente; Et mon triste devoir, toujours inquiété, Me demande raison de ta félicité.

Sinatus ennuyé d'un assez long veuvage, Admira quelque éclat dont brillait mon visage. Et d'un second hymen ayant pris le dessein, Son amour aussitôt m'honora de sa main. Tu le sais, et qu'il m'eut à peine couronnée, Qu'un fatal accident trancha sa destinée; Sa mort fut impi'évue, et, sans s'inquiéter, Au mallieur de son âge on voulut l'imputer; l'our moi, que de ce coup surprit la promptitude, Je mis à l'avérer ma plus pressante étude. Et découvris enfin, sans qu'on l'ait soupçonné, Que ce roi malheureux mourut empoisonné.

SINORIX.

Empoisonné, madame'.' Ah, coupable entreprise!

GAMMA

Il n'est pas temps encor de montrer ta surprise,

S'il t'est avantageux de la faire éclater,

Ce que tu vas oûir le pourra mériter.

Achève cependant de me prêter silence.

Du sort de Sinatus j'ai donc eu connaissance,

El l'horreur d'un forfait et si lâche et si noir

Laisse mes sentiments aisés à concevoir.

La pluspressauleardeurque,pourpunirun traître,

La vengeance jamais dans un cœur ail fait naître,

Tout ce (|ue peut la haine y joindre de soutien.

Pour venger son trépas, se trouve dans le mien.

A ses mânes sacrées un zèle inviolable

Me fitjurer soudain d'immoler le coupable;

Et le ciel m'est témoin si, dans ce triste cœur,

Rien égala jamais une si noble ardeur.

Cependant de mou sort telle est la perfidie,

Que, ([uoiquê celte ardeur ne soit point rcl'roidie,

Que sa mort de mes vœux soit l'objet le plus doux.

Je n'ai ini m'all'rauchir d'eu faire mou époux.

Sl.NOKlX.

Quoi, madame...

CAMMA

Tu vois,l'expliquanireritre[irisi', Si j'avais lieu d'abord d'arrêter ta surprise, El te dire, en parlant d'un poison odieux,

Que ce qui le suivait le mériterait mieux'?

si.Nonix.

.\h! madame...

CAMMA

Non, non, Sinorix, tu l'abuses Si tu crois que je veuille entendre des excuses. A des vœux criminels tu l'es abandonné, Sinatus leur nuisait, tu l'as empoisonné.

SINORIX.

Pour assurer sa flamme, et détruire ma gloire, C'est là ce qu'un perfide ose vous faire croire?

SOSTKATE.

Moi, seigneur"?

SlNORlX.

Vous ai»mant, il a cru réussir Si de quelifue grand crime il pouvait me noircir?

CAMMA

C'est le connaître mal, pour un maître infidèle Je puis répondre, hélas ! qu'il n'a que trop de zèle, Et que, si dans ma haine ou pouvait m'ébranler. Les soins qu'il en a pris l'auraient fait chanceler. C'est là son déplaisir, qu'avec impatience Il me voie aspirer sans cesse à la vengeance, Et ne puisse opposer qu'un inutile ellort A cette avidité de poursuivre ta mort.

SlNORIX.

Vous, la poursuivre! Vous, dont le secours propice Du coup qui me perdait a rompu l'injustice ! Vous, qui me dérobant aux fui'eurs d'un ingrat...

CAMMA

Va, ne t'abuse point sur ce noble attentat, Et cesse à ma pitié, dans l'erreur qui te flatle, D'imputer un secours que tu dois à Sostrate. Quand ma haine te porte un poignard danslesein. C'est lui, pour t'en sauver, qui m'arrête la main; Trop fidèle sujet il m'ôte ma victime, Trop généreux amant il prend sur lui mon crime; Et je ne l'ai soull'ert qu'afiu de m'assurer Une autre occasion de pouvoir conspirer. Comme l'hymen oblige à quelque confiance, Voilà de quoi j'ai cru le devoir confidence. C'est à toi là-dessus à le bien consulter.

SINORlX.

Non, vous cherchez eu vain à me faire douter. Les soupçons qu'en votre àme on aime à faire nai- Tout périr Sinatus par le crime d'un traître; [Ire, Sa mort rend de courroux votre cœur embrasé. Et, m'en croyant l'auteur, vous m'auriez épousé?

GAMMA

L'affront m'en fait rougir, l'affront m'en désespère; Mais puisque je l'ai fait, crois que je l'ai dû faire; Et tremble d'aulant plus que, dans ce désespoir. Je sais ta perfidie, et connais mon devoir. C'est l'expliquer assez les projets de ma haine.

SINORIX.

Pour les exécuter vous aurez peu de peine; Et la vie à mes vœux n'est pas un bien si doux. Qu'il vaille le malheur d'être ha'î de vous. De votre hymen sur moi la gloire répandue

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