SCÈNE V D. LOUIS, D. FERNAND
D. LOUIS
De votre joie, ami, failes-moi part.
Vous me scmblez tout gai. Sans doute que Lucrèce Ne tient plus que l'amour ne soit qu'une faiblesse, Son cœur est adouci, je le juge à vous voir.
D. FERNAND
Au contraire, jamais je n'eus si peu d'espoir; Tout est perdu pour'moi, quelque effortqueje fasse.
D. LOUIS
Peut-on vous consoler d'un telle disgrâce?
D. FERNAND
A vous dire le vrai, je la perds sans regret; Et si vous étiez homme à garder un secret...
D. LOUIS
Vous n'en pouvez douter sans nie faire une injure.
Sachez donc en deux mots quelle est mon aventure. J'ai découvert pourquoi l'on m'a traité si mal ; Par ces mépris Lucrèce obligeait un rival, Depuis un an elle aime, on mêle vientd'apprendre, Jugez si j'ai raison de n'y plus rien prétendre.
D. LOUIS
Quoi? Lucrèce aimerait?
D. FERNAND
C'est de quoi s'étonner.
Qu'on ait touché son cœur, qu'elle ait pu le donner, Elle qui se parant d'une vertu forcée.
Du moindre mol d'amour se trouvait offensée.
D. LOUIS
Mais de grâce, quel est cet heureux qui lui plaît?
D. FERNAND
Vous serez étonné quand vous saurez qui c'est. Don Juan.
D. LOUIS
Vous raillez, ou bien on vous abuse.
D. FERNAND
Croyez qu'il est ainsi, son départ n'est que ruse; Pour la voir sans soupçon il fait courir ce bruit; Voyez le digne choix, et pour qui l'on me fuit. Pour un homme sans biens.
D. LOUIS
Perdez cette croyance, Je connais trop Lucrèce, et je sais d'assurance Qu'en secret don Juan brûle d'un autre feu.
Pour qui?
D. LOUIS
Pour Léonor.
D. FERNAND
Vous la connaissez?