‹ Théâtre complet. Nouv. éd., précédée d'une noticeChapitre 758 sur 1518 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

SCÈ-XE 1 PERSÉE, DIDAS, ONOMASTE.

PERSÉE

Eq vain jusques ici, résolu de me taire, Je me suis déguisé les attentats d'un frère, En vain, quoique ma mort fût l'objet de ses vœux Du sang qui nous unit j'ai respecté les nœuds, Sa haine chaque jour en devient plus ardente, Plus je la dissimule, et plus elle s'augmente; Et ne me plaindre pas de tout ce que je voi, C'est redoubler l'aigreur qui l'arme contre moi. Démétrius jaloux du trône de mon père Ne peut voir sans fureur que l'âge m'y préfère; Et le titre d'aîné qui m'acquiert ses États, Est un crime trop grand pour ne m'en punir pas. Dès hier dans ce spectacle où l'on voit chaque année Du parti du vainqueur l'adresse couronnée, Si le mien n'eût cédé, son transport violent D'un combat de plaisir en eût fait un sanglant. Dans le festin qu'ensuite eu triomphe il ordonne, M'y croyant attirer, il veut qu'on m'empoisonne; Et sûr par mes refus qu'on m'a de tout instruit. Enfin à force ouverte il vient chez moi de nuit.

DlDAS.

Seigneur, je connais trop avec quelle contrainte Vous laissez contre un frère échapper votre plainte; Et, lorsqu'en mon secours vous cherchez quelque Je ne refuse point de parler contre lui. [appui, Mon zèle serait faux s'il craignait de paraître Pour celui que les dieux me destinent pour maître; Et toujours prêt pour vous à signaler ma foi,

Puisque vous l'ordonnez, j'irai trouver le roi;

Mais dans les mouvements et de haine et de rage

Où l'ardeur de régner pousse un jeune courage,

Quoi que Démétrius vous force à redouter,

Examinez la suite avant que d'éclater.

Il n'est plus de milieu s'il faut qu'on se déclare.

Chacun n'écoutera qu'une fureur barbare;

Et le sang qui vous joint ne servant qu'à l'aigrir,

Si vous ne le perdez, il vous faudra périr.

De ces inimitiés la rage trop avide,

Vole, sans s'étonner, au plus noir parricide;

Et, pour en assouvir la brûlante fureur.

Les plus sanglantseffets n'ont point assezd'horreur.

PEBSÉE.

Je le sais, cher Didas, et voudrais encor feindre Si ses emportements ne m'offraient tout à craindre. Tant que sa jalousie a respecté mes jours. J'ai traité de mépris ses insolents discours; J'ai vu, sans m'émouvoir, qu'il ait avec audace Publié que par lui le sénat nous fit grâce; Et qu'à la Macédoine à son choix, malgré moi, Rome peut-être un jour saura donner un roi. Mais enfin, aujourd'hui qu'une fureur ouverte Le fait obstinément s'attacher à ma perte, Pour en rompre le cours, c'est le moins que je puis Que d'avertir le roi du péril où je suis ; Et de peur que l'ennui dont mon âme est atteinte Ne me force à mêler trop d'aigreur à ma plainte, Itespectant des devoirs où je le vois manquer, J'emprunte votre bouche afin de l'expliquer. Votre propre intérêt à parler vous convie, Le rang que vous tenez hasarde votre vie; Elle prince ne peut achever ses desseins. Qu'il ne punisse en vous l'ennemi des Romains. Vos généreiLX conseils à sortir d'esclavage Pour ces chers favoris lui donnent de l'ombrage ; Et, sans doute, il vous hait d'oser trop soutenir Uu trône que, sans eux, il ne peut obtenir.

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