‹ Théâtre complet. Nouv. éd., précédée d'une noticeChapitre 771 sur 1518 · SCÈNE V DÉMÉTRIUS, DIDAS · texte numérisé non relu

SCÈNE V DÉMÉTRIUS, DIDAS

DIDAS.

Seigneur, sans trop d'orgueil puis-je croire le roi ; Et se peut-il qu'un prince et grand et magnanime Pour le sang d'un sujet conçoive tant d'estime, Uue d'un choix où jamais il n'aurait prétendu...

DÉMÉTRIUS

Obéissant au roi, j'ai fait ce que j'ai dû; Mais je crois qu'imitant cet efTort par un autre. Si j'ai fait mon devoir, vous songerez au vôtre; El n'en croirez pas tant des vœux trop élevés. Qu'on vous voie oublier ce que vous me devez.

DIDAS.

Le respect qui pour vous accompagne mon zèle,

Ne marquera jamais une àme plus fidèle;

Et je sais ti-op, seigneur, ceqne vous doit ma foi...

DÉMÉTRIUS

Puisque vous le savez, allez trouver le roi ; |Et, m'épargnant l'éclat où je sais qu'on aspire.

Sauvez-moi de l'hymen qu'on lui fait me prescrire. Je vois d'où m'en vient l'ordre, et qu'un frèrejaloux Prétend par mes refus accroître son courroux. Sachant que j'aime ailleurs, par cette loi cruelle Il a cru me contraindre à me montrer rebelle; Mais j'ai lieu d'espérer que de sa haine instruit. Vous ne souffrirez pas qu'il en cueille le fruit. Rompez donc un accord dont l'amour qui m'engage, Par estime pour vous, ne veut pas voir l'outrage; Et, respectant les traits dont mon cœur est blessé. Chargez-vous d'un refus où je serais forcé.

DIDAS.

Quelque honneur où le roi m'autorise à prétendre. Vous pouvezarrèterl'espoirqu'il m'en fait prendre; Mais, vouloir qu'affectant un refus criminel. Moi-même...

DÉMÉTRIUS

Je vous plains d'un effroi si cruel, Mais il faut empêcher que l'on ne vous soupçonne D'avoir eu quelque part à l'ordre qu'on me donne. Et, si vous m'en croyez, vous obtiendrez du roi Qu'il me laisse à mon choix disposer de ma foi.

DIDAS.

Le roi sait ce qu'il fait; et, s'il cherche ma gloire, Croyez, seigneur...

DÉMÉTRIUS

Laissons ce que j'ai lieu de croire S'il vous fait, malgré vous, prendre un espoir trop Détourncz-cn l'effet, je croirai ce qu'il faut, [haut,

DIDAS.

Seigneur, vous pourriez mieux...

DÉMÉTRIUS

Oui, je pourrais lui dire Que s'il songe au néant dont sa faveur vous tire, Il saura qu'à sa gloire il est injurieux D'unir un sang trop bas au pi us pur sang des dieux ; Qu'un roi, quoique jaloux d'élever ce qu'il aime. Doit à sa dignité beaucoup plus qu'à soi-même ; Et qu'il faut préférer, dans le moindre projet, La majesté du trône à l'orgueil d'un sujet. Pour lui faire éviter la honte qu'il se cache. Ou par vousou par moi c'est ce qu'il fau l qu'il sache ; Mais l'aigreur de l'avis ne regardant que vous. Vous saurez le donner en des termes plus doux; Et pour vos intérêts ma patience extrême [même. Veut bien, pour l'expliquer, s'en remettre àvous- Si c'est vous dire trop, accusez-en des vœux Dont l'audace me force à plus que je ne veux.

DIDAS.

Dans le peu que je suis, du moins...

DÉMÉTRIUS

Brisons, de grâce, Malgré mes envieux, je sais ce qui se passe; Et qu'après cette plainte où le sang m'a trahi, L'on devait m'arrêter si je n'eusse obéi. C'était pour m'y contraindre une méchante voie. Si je n'eusse à mon frère envié cette joie ; Mais si votre insolence à me persécuter Sur ce honteux hymen me force d'éclater ;

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