ANTIOCHUS, ARSINOÉ, TIGRANE, BARSINE
ANTIOCHUS
Madame, retenez un amant qui s'emporte.
Sa mort sera l'effet d'un ordre qu'il reçoit. Son désespoir le presse, et c'est lui qu'il en croit.
ARSINOÉ
Quoique de Séleucus le ciel m'ait fait dépendre, Tigrane sait de moi ce qu'il a droit d'attendre : Mais, comme enfin cet ordre a droit de l'étonner, De grâce, apprenez-moi ce qui l'a fait donner. Qu'avez-vousdit, seigneur, dont son âme abattue... TIGRANE. [tue.
Qu'il meurt d'amour pour vous, que cet amour le Et que, pressé d'ennui, la langueur qui le suit Est l'effet de l'état où vous l'avez réduit.
ARSINOÉ, à Anliochus.
Sous quelque dur soupçon que Tigrane languisse, Je me connais, seigneur, 'et je vous rends justice; Ce qui le fait trembler étonne peu ma foi. Mais, encore une fois, qu'avez-vous dit au roi? Lui deviens-je suspecte, et m'avez-vous nommée?
ANTIOCHUS
Non, madame, et sa flamme en vain s'est alarmée. Le nom d'Arsinoé ne m'est point échappé; Et si le roi se trompe, il veut être trompé.
TIGRANE
Hélas! Pour exprimer tout l'amour qui l'inspire, Montrer votre portrait n'est-ce pas assez dire; Et, sur l'heureux dépôt d'un gage si charmant, Peut-il moins avouer que le titre d'amant?
ARSINOÉ
Ma-t-ondit vrai, seigneur, qu'expliquant votrepei- Vous avez laissé voir mon portrait à la reine, [ne, Et souffert que le roi...