ANTIOCHUS, ACTE IV, SCÈNE IV
M'a fait lui doiiuer part aux ennuis que je sens ; Comme un mal licur toujours est la source d'un autre, ■Vous donnant sonportrait j'ai cru montrer le vôtre; Et sur le faux rapport de vos yeux abusés, On l'accuse des maux que vous m'avez causés.
STRATO.NICE.
Et vous ne craignez point d'exciter ma colère?
ANTIOCHUS
Qu'elle éclate, madame, elle m'est nécessaire; Et, quoique mes ennuis doivent trancher mes jours, Pour en hâter l'effet il leur faut du secours. Dure nécessité de mon malheur extrême ! J'aspire à la douleur d'irriter ce que j'aime ; Et, pour mourir plus tôt, forcé de me trahir. J'ai besoin de chercher à me faire ha'i'r: Par là mon désespoir pressant sa violence...
STRATONICE
Ce transport va trop loin et dit plus qu'il ne pense ; Mais je dois excuser ce triste excès d'ennuis Qui vous fait, malgré vous, oublier qui je suis.
ANTIOCHL'S.
N'excusez point mon crime, il n'a rien que j'ignore. C'est vous qui me charmez, vous que mon cœur ado-
[■•e; Etcecœurqu'à vous voir un promptamoursurprit, En vous l'osant jurer saittrop bien ce qu'il dit.
STRATOMCE.
Si c'est sans votre aveu qu'il s'en est rendu maître, Vous devriez au moins l'empêcher de paraître, Et ne me pas réduire à songer à punir Quand la pitié de moi voudrait tout obtenir.
ASTIOCHUS.
Pour moi, dans mes malheurs la vôtre serait vaine. D'autres cherchent l'amour, je cherche votrehaine, Pour prix des pkisbeaux feux à qui l'on peutcéder, .\près ce que je souffre, est-ce trop demander?
STRATONICE
Quoi que votre douleur de cette haine espère, Ne la méritez point si vous me voulez plaire ; Et, me cachant l'amour qui tient vos sens séduits, Laissez-moi la douceur de plaindre vos ennuis,
AXTIOCHUS.
Plaindre d'un malheureux la disgrâce inhumaine, C'est montrer quelque pente à soulager sa peine ; Et pour flatter la mienne au point qu'elle se voit. Si c'est moins qu'il ne faut, c'est plus qu'on ne lui
STRATOXICE. [doit.
Si le ciel à mon choix... Mais qu'est-il nécessaire...
ANTIOCHUS
N'achevez point sitôt.
STRATONICE
C'est à moi de me taire; La pitié dont pour vous mon cœur se sent saisir...
ANTIOCHUS
Mais enfin, si le ciel vous eût laissé choisir?
STRATONICE
Que vous êtes cruel ! Ah !
ANTIOCHUS
A'otre cœur soupire!
Ce soupir échappé...
ANTIOCHUS
Parlez, que veut-il dire?
M'apprend-il que mes vœux des vôtres secondés...
STR.\T0NICE
Que me demandez-vous, puisque vous l'entendez?
ANTIOCHUS
Quoi, votre hymen me livre au plus cruel supplice. Sans que de mes malheurs votre cœur soit complice; Et, si votre choix seul avait réglé vos vœux. J'aurais pu par mes soins mériter d'être heureux?
STRATONICE
Prince, n'abusez point d'un sentimenttrop tendre. Qui m'a fait dire plus qu'on ne devait entendre, Et, sans quelques soupirs, n'a pu me laisser voir Ce qu'il m'en doit coûter pour suivre mon devoir. 11 pourra tout sur moi, mais, en l'osant promettre, J'avouerai qu'en secret je tremble à m'y soumettre, Et que l'ordre à mon cœur aurait été plus doux. Si le ciel m'eût souffert d'en disposer pour vous : C'est alors qu'on m'eût vue en recevant le vôtre...
ANTIOCHUS
Ah! Madame, il en a disposé pour un autre;
Et de quoi que pour moi vous vous sentiez presser,
Votre main est promise, il n'y faut point penser.
STRATONICE
Je suis due à l'État, il me fait sa victime.
ANTIOCHUS
C'est à moi cependant à payer pour ce crime, A soupirer sans cesse, et languir consumé De l'ennui de pouvoir, et n'oser être aimé. Pour en cacher l'excès, blàmerez-vous ma fuite?
STRATONICE
Non, prince; et dans l'état où mon âme est réduite. J'y consens d'autant plus, que sa triste rigueur Sauvera ma vertu des troubles de mon cœur. La pitié de vos maux dès l'abord y fit naître Un chagrin inquiet que je n'osais connaître; Mais si le charme en plut à mes sens alarmés, Il se rend plus sensible à voir que vous m'aimez. Malgré moi je succombe à ce qu'il a d'amorce, J'aimel'appât flatteur dont le pouvoir m'y force; Et quand je vous estime, un sentiment confus M'engage à soupirer de n'oser rien de plus. Allez, prince, et daignez m'épargner une vue Qui me fait oublier à qui ma main est due; Non qu'enfin ma raison en ait moins de pouvoir, Mais j 'écoute, et c'est trop pour qui sait son devoir.
ANTIOCHUS
De VOS boutés pour moi ce dernier témoignage Pour ce cruel devoir est sans doute un outrage; Mais enfin, par ma mort s'il se peut réparer. Consolez-vous, madame, il n'a guère à durer.
STRATONICE
Si votre éloignement s'est rendu nécessaire. Songez que votre vie a lieu de m'être chère, Et que l'honneur toujours permettant d'eslimer...