SCÈNE III
LÉONARD, D. FERNAND, LUCRÈCE, BÉATRLX, PHILIPLN.
LÉONARD
Ouclle afTaire avez-\ous avec ce cavalier?
LUCRÈCE
C'est curiosité, je ne le puis nier.
Depuis deux ou trois jours j'ai su par une amie
Que mieux qu'homme du monde il sait l'astrologie;
Et je le consultais pour savoir au certain
A quel époux le ciel a destiné ma main.
D. FERSASD, (> Phitipin.
Elle veut éprouver si ma science est vraie.
LÉONARD
Souvent un astrologue en mensonge nous paye, Et l'efTet rarement confirme son rapport : Mais que vous a-t-il qui vous trouble si fort?
{D. Louis paraît, à qui Phitipin va conter à l'oreille l'aventure de son maitre, et ils se lienneiit éloignés de dix pas à écouter Léonard et D. Fernand.) D. FERNAND.
Je lui parlais, monsieur, de certaine disgrâce Dont je vois clairement que le ciel la menace : Elle s'alarme un peu, comme vous pouvez voir.
LÉONARD
Mais en si peu de temps, qu'avez- vous pu savoir?
D. FERNAND
Oue l'époux trop heureux que le ciel lui destine Est pauvre, ctpour tout bien n'a que sa bonne mine.
LÉONARD
Il ne faut pas ainsi craindre légèrement, Ma fille.
BÉATRIX, bas.
De quel front le bon cavalier meut!
LUCRÈCE
Cette prédiction me met beaucoup en peine.
LÉONARD
Ne vous étonnez point, je la puis rendre vaine.
LUCRÈCE
Toutefois don Fernand, qui me prédit ce point. Est un grand astrologue, et ne se trompe point : J'ai lieu, sur ce qu'il dit, d'être en inquiétude.
LÉONARD
Certes, l'aslrologie est une grande étude, Bien digne d'occuper un esprit curieux, El noble d'autant plus qu'elle s'attache aux cieux; Si vous la possédez dans un degré suprême, Peu savent les moyens d'y réussir de même. La spéculation n'est pas bonne pour tous; ijuoi qu'il en soit enlin, monsieur, je suis à vous. J'ai toujoui's estimé les gens dont la science
Relève le bon sang qu'ils ont de leur naissance; Et s'il faut librement vous en faire l'aveu. Dans mon jeune âge aussi je m'en mêlais un peu : Mes différents soucis, l'embarras des affaires, M'ont fait prendredepuis des soins plus nécessaires. Dites-moi cependant : auriez-vous pour suspect Saturne regardant Vénus d'un trinc aspect. Et peut-on justement tirer un bon augure De la conjonction d'Hécate avec Mercure?
D. FERNAND, bas.
Il parlehébreupour moi, je suis pris, c'en est fait.
PHILIPIN, ù D. Fernand.
11 aurait besoin d'être astrologue en effet.
D. FERNAND, bas.
N'importe, efforçons-nous, et payons d'impudence. {Haut.) [pense.
Pour vous dire en deux mots, monsieur, ce que j'en Vénus aux amoureux promet beaucoup de biens. Et Saturne peut tout sur les Saturniens; .Mais la triplicité de cette conjoncture, Ainsi que l'union d'Hécate avec Mercure, Combinant leurs aspects, ou les rétrogradant Sur l'horizon fatal d'un bizarre ascendant. Pourrait paralaxer sur un cerveau si tendre...
LÉONARD
Ce discours est si haut que j'ai peine à l'entendre, De grâce, en ma faveur, pour éclaircissement. Expliquez-vous un peu plus populairement.
Ce sont termes de l'art.
LÉONARD
Pardonnez à mon âge Qui n'en conserve plus qu'une confuse image Ces termes en mon temps n'étaient pas fort connus. Mais la science augmente, et ce temps-là n'est plus
D. FERNAND
Tout s'y voit si changé depuis quelques années. Qu'en autre caractère on lit les destinées; Même Nostradamus, mon maître en ce grand arl. Avait et son langage et ses régies à part; C'estpourquoi le discours où mou esprit s'applique, Tient un peu de l'obscur et de l'énigraalique; |
Je dois suivre ses pas comme son écolier.
LÉONARD
Mais si vous vouliez être un peu plus familier?