‹ Théâtre complet. Nouv. éd., précédée d'une noticeChapitre 846 sur 1518 · CI.ÉONE · texte numérisé non relu

CI.ÉONE

Vous, de l'amour, madame?

LAODICE

Étonne-t'en, Cléone, Toi qui sais que jamais je n'aimai que le trône. Et qu'une insatiable et vaste ambition Me faisait dédaigner toute autie passion. Pour en remplir l'ardeur, je traitai de faiblesse Ce que peut la nature inspirer de tendresse; Et, quoiqu'elle en gémit, dans la mort de cinq fils. Le charme de régner fut tout ce que je vis. Le sixième qu'à Rome on gardait en otage, A mes jaloux désirs faisait encore ombrage. De peur qu'un jour du trône il osât me priver, Sans pitié, saus remords, je le fis enlever. Et voulus que sa mort parût être incertaine. Pour suspendre les droits qui font ma fille reine, Et contre son hymen me laisser tout permis. Sous couleur de garder la couronne à ce fils. Dans les brûlants transportsdontl'inquiète flamme Vers le trône toujours pousse toute mon àme. J'ai peine à concevoir par quel abaissement Dans un roi que je fais j'aime à voir un amaut. J'y trouve de la boute, et ma fierté s'en tâche; Je me traite en secret et de faible et de lâche. Et cependant mon cœur ne se peut arracher Aux flatteuses douceurs qui l'ont trop su toucher. Je vois sans cesse Oronte actif, ardent, fidèle, Par cent soins empressés me signaler son zèle, Au seul bien de me plaire attacher tous ses vœux, Se soumettre en aveugle à tout ce que je veux; Je m'en sens attendrie, et, par sa déférence. De mon cœur avec lui telle est l'intelligence. Que je me défierais de moi-même aujourd'hui. S'il me fallait choisir entre le trône et lui. Ce sentiment est lâche, indigne, bas, infâme. Je m'en hais : mais j'ai beau le bannir de mon àme, Il semble que des dieux la dure volonté

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