SCÈNE V
D. FERNAND, D. LOUIS, PHILTPIN.
D. FF.RNAND, à Philipin,
Sans ton secours le péril est passé.
(A D. Louis.) Que tout à l'heure, ami, j'étais embarrassé ! Mou aventure est rare, et digne qu'on l'admire.
D. LOUIS
Sachez que Philipin m'en a déjà fait rire. Et qu'à dix pas d'ici nous écoutions comment Le vieillard vous parlait astrologiquement.
D. FERNAND
Je'l'ai mené si loin qu'il en a perdu terre.
D. LOUIS
Mais vous ne l'avez pas vaincu de bonne guerre, 11 vous entendait mal.
D. FERXAND.
Je m'entendais bien moins.
D. LOUIS. [soins.
Pour vous mieux expliquervousprendrezquelques
Et sur ces mots nouveaux vous lui rendrez visite?
D. FERNAND
Parcelle d'aujourd'hui j'en prétends êlre quitte.
D. LOUIS
Mais un grand astrologue, ou pour tel avoué...
D. FERNAND
Il connaîtra bientôt que je l'aurai joué.
Les belles questions cependant qu'il m'a faites,
A moi qui ne connais ni signes, ni planètes!
D. LOUIS
Oui, mais en récompense un discours si hardi. S'il ne l'a terrassé, l'a si bien étourdi Que j'oserais gager qu'en ce qui vous regarde. Vous le pourrez longtemps mettre encor horsde gar- De grâce, achevez donc, jouez-le jusqu'au bout, [de. Faites la pièce entière, il admirera tout ; Il vous serait honteux qu'elle fût imparfaite. De votre haut savoir je serai le trompette, J'en vais semer le bruit; et s'ilapprend d'ailleurs Que vous ayez de l'art les secrets les meilleurs, Si ce bruit surprenant de vos fausses merveilles
Par la ville épandu vient frapper ses oreilles, Comme il en a déjà l'esprit préoccupé.
Jamais plus galamment homme ne fut dupe.
n. FERNAND.
Non, maiscc passe-temps un peu trop me hasarde; Au péril qui le suit vous ne prenez pas garde. Et que c'est engager ma gloire et mon repos.
D. LOUIS
Aussi nous connaîtrons combien il est de sols : Et quand même on saura que ce soit raillerie, Le tout ne passera que pour galanterie.
D. FERNAND
Mais, quelque bon succès que j'en puisse espérer, Ce plaisir, après tout, ne peut longtemps durer; Car, si publiquement ce bruit partout se coule, On viendra chaque jour me consulter en foule, Mes réponses bientôt m'acquerront grand renom.
PHILIPIN.
Qu'importe ? 'Vous direz tantôt oui, tantôt non ; Vous aurez quelque égard à l'âge, à la personne. Et du reste, monsieur. Dieu la leur donne bonne : Jamais un astrologue est-il garant de rien '?
D. LOUIS
Le hasard fait souvent prophétiser fort bien : Vous devez seulement mettre beaucoup d'étude A ne rien affirmer avecque certitude.
Du présent, du passé discourir rarement ; Toujours de l'avenir parler obscurément. Examiner la chose, en peser l'importance. Mais j'aperçois de loin don Lope qui s'avance, Laissez-moi, c'est par lui que je veux commencer.
D. FERNAND
Je m'abandonne à vous.