‹ Théâtre complet. Nouv. éd., précédée d'une noticeChapitre 870 sur 1518 · SCÈNE II LAODICE, ARIARATE · texte numérisé non relu

SCÈNE II LAODICE, ARIARATE

LAODir.E.

Vous l'emportez, Oronte, et mon fils est sauvé : Contre les fiers projets de ma jalouse envie Déjà le ciel deux fois a défendu sa vie. Deux fois de ma fureur il a rompu les coups, Mais il n'eût pu jamais en triompher sans vous. C'est vous qui sur mon cœur plus fort que le ciel Y savez modérer l'ardeur du diadème, [même, Et contraindre l'orgueil qu'a trop enflé mon rang A croire la nature, et respecter le sang. C'en est fait, cet orgueil n'a plus rien qui m'anime, A force de vertu vous m'arrachez au crime; Malgré tant de serments de ne rien épargner, Ariarate est sûr de vivre et de régner; Mon ambition cède, il n'a plus rien à craindre.

ARIARATE.

Je brûle de vous croii'c, et cherche à m'y contrain- Mais pardonnez, madame, à mon cœur interdit [drc; Un scrupule forcé que mon respect dédit. C'est en vain que je veux empêcher qu'il n'éclate, ■Vous m'avez demandé le sang d'Ariarate; Et si, malgré les dieuxqui s'en montrent l'appui, La même ardeur encor vous armait contre lui. Me découvririez-vous cette funeste envie, A moi, dont le refus vous a si mal servie. Et qui tâchant à rompre un dessein trop cruel. Peut-être auprès de vous me suis fait criminel? Ainsi par où juger qu'un repentir sincère, Faisant vaincre le sang, lui rend enfin sa mère? Quel garant aura-t-il d'un si grand changement?

LAODICE

Le ciel qui le protège, et mon éloignement.

Je suis juste, et vois trop à quelle déTiance

Le doit de mes projets porter la connaissance,

Pour exiger de lui que s'assurant sur moi

Il souffrit ma présence, et régnât sans effroi.

J'ai conspiré sa perte, et, pour m'en voir punie.

Je m'impose l'exil de la Lycaonie.

C'est là que le sénat m'autorise à régner,

J'y consens, et déjà suis prête à m'éloigner; [re,

Maisdansce qu'il me laisse et d'honneur et de gloi-

Mon cœur de vos vertus ne perd pas la mémoire ;

Et si ce cœur au trône ose encor se donner,

C'est moins pour en jouir que pour vous couronner.

Oui, vous ayant flatté d'un pompeux hyménée,

Je ne révoque point ma parole donnée ;

A vous voir mon époux mes vœux sont limités.

ABIARATE.

Je sais ce que je dois à vos rares bontés ;

Mais quand il vous a plu de me laisser prétendre

Auxpompesd'unhymenqui vous faisait descendre,

Craignant tout des Romains dans ce pressant bc-

[soin, Vous cherchiez un appui dont les dieux ont pris De cet abaissement ils vous ont dégagée, [soin ;

LAODICE

S'ilsontchangé monsort, ils ne m'ont pas changée, Et ce fils si longtemps par ma haine opprimé, Serait encor haï si vous n'étiez aimé.

ARIARATE.

Si je n'étais aimé?

LAODICE

J'ai voulu vous le taire Tant qu'unprétexte heureux m'a permis de le faire, Et que ce qu'un beau feu pour vous m'a fait oser, Sous des raisons d'État pouvait se déguiser; Mais par votre vertu ma flamme encore accrue Ne peut plus se contraindre à tant de retenue; Et c'est peu que mon fils trouve grâce en ce jour. Si je ne vous apprends qu'il la doit à l'amour. C'estlui, qui pour vous seul me contraignant de vi- Mc dérobe le sang que j'aimais à poursuivre, [vre, Et qui, malgré l'orgueil de mes désirs jaloux, M'ùte à l'ambition pour me donner à vous, [monte... C'est lui, c'est cet amour dont l'ardeur me sur- Mais quoi ! Vous vous troublez? Expliquez-vous,

[Oronte, D'où viennent ces regards tremblants, mal assurés. Cette froide surprise?

ARIARATE.

Hélas!

Vous soupirez?

ARIARATK.

Il est vrai, je soupire; et plût au ciel, madame. Que je pusse cacher ce qui trouble mon âme. Les maux que je prévois ne seraient pas le prix Du funeste secret que vous m'avez appris. Le mien va vous réduire où m'a réduit le vôtre, J'ai soupiré de l'un, vous tremblerez de l'autre; Et plus de votre amour vous aurez cru l'erreur. Plus la haine pour moi vous donnera d'horreur.

LAODICE

Vous aimez donc ailleurs, et l'hymen d'une reine Ne vaut pas que pour elle on brise une autre chai- La constance en amour est digne d'un héros, [ne;

ARIARATE.

Mes vœux n'ont réussi que trop pour mon repos. Quel durrevers, madame, et qui l'aurait pu croire? Pour être aimé de vous j'ai cherché de la gloire, Et je me vois réduit à la nécessité De me plaindre d'un bien que j'ai tant souhaité. Ha'issez un ingrat, perdez un téméraire. J'ai trop tu ce qu'enfin il ne faut plus vous taire; Mais quand d'amour pour moi votre cœur est sur- Comment vous avouer que je suis votre fils? [pris,

LAODICE

Vous mon fils?

ARIARATE.

Si pour vous la nature muette

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