SCÈNE I ANGÉLIQUE, ORONTE, PHILIPIN
ANGÉLIQUE
Quoi, par un faux baron avoir dupé ma tante? La pièce est un peu forte.
OBONTE.
Elle était importante; Et, sans son entremise, il s'offrait peu de jour A vous pouvoir montrer l'excès de mon amour. C'est lui qui m'a tiré de l'embarras extrême Où vous m'aviez réduit en feignant que je l'aime; Et Philipin eut vu sa fourbe sans efl'et, S'il n'eût pas confirmé le conte qu'il a fait. La Montagne est adroit, et jouera bien son rôle.
ANGÉLIQUE
Le bon est que de tout Lisette la console,
Et ne lui laisse voir rien d'égal au dessein
Ile vous sauver la vie en lui donnant la main.
Elle a si bien tourné son ànie irrésolue.
Que par elle ou par moi votre affaire est conclue;
On a fait revenir le baron tout exprès.
PHILIPIN.
Ils sont à disputer encor sur nouveaux frais. J'écoutais tout à l'heure, et d'une ardeur semblable L'un nommait la Rapière, et jurait comme un diable; Et l'autre soutenait que, quoiqu'il fut baron. Sa nièce valait bien qu'il signât le pardon. Léandre feint entr'eux d'avoir l'àme incertaine.
OUONTE.
Il travaille pour nous, n'en soyons point en peine.
ANGÉLIQUE
Mais pouvez-vous penser, quand ma tante appren-
Qu'un baron supposé... [dra
Le vrai baron viendra.
Je vous ai déjà dit qu'arrêté pour alTaire, Il n'avait su partir comme il le croyait faire, Et que par un pouvoir que j'avais d'aujourd'hui.
LE BARON DALBIKRAG, AGTli V, SCÈNlî IV.
!l me donne plein droit de tout signer pour lui. Le voici, dans vos mains il sera l'assurance De l'hymen dont on a flatté son espérance; Le baron d'Albikrac se trouvant des mieux faits, N'aura pas grande peine à faire notre paix : Il lui faut jusque-là cacher le stratagème.
AXGICLIQUE.
Mais.quaudill'aura vue,ètes-voussùr(iu'iU'aime?
OnONTE.
Oii'importe? Elle est fort riche, et lui fort endetté. C'est son bien qu'il épouse, et non pas sa beauté; Pourvu qu'il trouve l'un, ill'acquitte de l'autre.
PHILIPIN.
Que j'aie aussi mou compte en vous donnant le J'aime Lisette. [vôtre.
ANGÉLIQUE
Va, nous songerons à toi.
PHII-IPIX.
Après tout, votre amour ne tenait rien sans moi. Avouez que pour vous la Rapière a fait rage.
J'entends, tu n'en es pas à ton apprentissage.
ORONTE
Le nom de la Rapière et la sœur du baron, Grâce à son bel esprit, sont traits d'invention; Le reste est effectif, et regarde l'affaire Où de tous vos amis l'appui m'est nécessaire. D'un Breton laissé mort redoutant les parents. Au château du baron aussitôt je me rends; La nuit, par son conseil, je quitte la Bretagne, Jusqu'il Loudre, en secret, lui-même il m'accompa-
[gne; Et, lui devant beaucoup, il m'est doux aujourd'hui De trouver quoique voie à m'acquitter vers lui. Par son grand bien la tante est pour lui des plus Et sur ce qu'il m'écrit... [belles,