I.A TANTE
Par argent si nous tâchions...
OROXTE.
Abus ; J'ai fait on'rir, six fois, jusqu'à dix mille écus; Mais à moins d'épouser...
LA TANTE
Il faut donc me résoudre A devenir sa femme afin de vous absoudre; Un veuvage éternel me serait bien plus doux.
OItONTE.
Hé bien, demeurez veuve.
Et que devicudrez-vous?
Le baron a juré votre ruine entière.
Ah ! que si vous pouviez n'être point la Kapicre !
PHILIPIN.
Sa rapière a fait rage, il en a pris le nom, Voilà que c'est d'occire.
ORONTE
Évitant le baron, Que craindrais-je? Candie est un poste honorable. J'irai contre le Turc...
PHILIPIN.
J'irai contre le diable?
Le Turc, madame!
LA TANTE
Non, si le ciel ne veut pas Qu'un doux et chaste nœud me mette entre vos bras, Du moins, pour m'cmpècher de vivre infortunée, Attachez-vous à moi par un autre hyméuéc. Ma nièce...
LISETTE
Elle est pour lui toujours à dédaigner; C'est pis qu'un hérétique, on n'y peut rien gagner. Hors vous, rien ne lui plaît.
LA TANTE
Mais on la trouve aimable.
ORONTE
Madame, si l'on veut, elle est incomparable ; Mais je mourrais d'ennui si j'étais sou ri)oux. Chacun voit par ses yeux.
PIIIEIPIN, ù Liselle.
Comme il le baille doux, L'entcnd-il?
LA TANTE
Cependant, quoi que nous puissions faire, Le baron, sans cela, i-efuse votre affaire. Point d'accommodement.
OllONTE.
Et par (|uol intérêt?
LA TANTE
11 croit que voire hymen est tout ce qui me plaît, Que je me garde avons, et, pour son assurance, Il vous veut voir tous deux mariés par avance.
ORONTE
Et ne VOUS poul-il pas épouser dès demain?
LA TANTE
Non, une grande affaire en suspend le dessein, 11 faut qu'auparavant il retourne en Bretagne.
ORONTE
Et moi, je me dispose à faire une campagne : Ce que je souffrirais par l'hymen, chaque jour. Rend la guerre pour moi préférable à l'amour. J'y vais prendre parti.
PHILIPIN.
C'est afin qu'on vous tue:
Il a la rage au cœur de vous avoir perdue. Madame, ayez pitié du maître et du valet.
SCÈiNE V