LE FEINT ASTROLOGUE, ACTE III, SCÈNE VI
D. FERNAND
J'étais, je vous l'avoue, en mauvaise posture.
D. LOUIS
Aussi vous aviez pris une route peu sûre ;
On va par terre en Flandre aussi bien que par eau.
D. FERNAND
Et que sait une fille? Il serait fort nouveau Qu'elle fût plus savante en la cosmograpliie, Que je ne suis moi-même en mon astrologie : J'avais encor de quoi me sauver h demi Sur ce qu'il faut passer en pays ennemi; Ce passage eût détruit la force de mes charmes.
D. I.OflS.
Elle vous a pourtant donné bien des alarmes?
D. FERNAXn.
Jusques à me voir presque au bout de mou latin.
D. LOUIS
La plaisante aventure! Et son billet enfin?
D. FERNAND
Lisez, ce ne sont pas choses pour vous secrètes.
D. LOUIS lit.
« Je sais, don Juan, où vous êtes.
Venez me voir dès celte nuit. »
L ÉONOR.
L'artifice est assez bien conduit, Et vous pouvez beaucoup avccque cette lettre.
D. FEUNAND.
Aux mains de don Juan il faudra la remettre, Qui sans doute croyant qu'on l'a fait épier, Ira voir Léonor pour se justifier. Se trahira lui-même; ainsi par cette adresse Je me venge, et détruis les plaisirs de Lucrèce. Si d'ailleurs Léonor, trop crédule en ce point. Le prend pour un fantôme et ne l'écoute point. On ne peut inventer fourbe plus accomplie, Pour confirmer le bruit de mon astrologie : Reste à faire tenir promptement le billet.
PHILIPIN.
De ce souci, monsieur, chargez votre valet.
D. FERNAND
Mais il le fautdonneren main propre.
PHILiriN.
A lui-mûme, J'en sais bien les moyens.
D. FERNAND
Et par quel stratagème?
PHILIPIN.
Il n'est pas grand, monsieur, et vousl'allez savoir. Don Juan chez Lucrèce est attendu ce soir, Voici même au jardin l'heure qu'il se doit rendre. C'est là que de ce pas je veux l'aller attendre; Et si je ne le fais changer de rendez-vous...
D. LOUIS
Cet avis en effet est le meilleur de tous.
U. FERNAND, lui dounmil le billet.
Va donc vite, je meurs d'en savoir des nouvelles.
PHILIPIN.
Vous en saurezbientôt, monsieur, et des plusbellcs, La porte du jardin n'est pas bien loiu d'ici.