LA MOUT DANNIBAL, ACTE III, SCÈNE I
Fais des amis partout, et retiens Auuibal.
ANNIBAL
Ces projets déguisés dont votre âme est eliarmée, Marquent une prudence et rare et consommée; Mais pardonnez, seigneur, si je ne puis caclier Qu'en vous toùlant un fils, il vous coûte trop cher. L'cnvover au sénat, c'est lui donner un gage Du plus injurieux et plus dur esclavage; C'est vous assujettir à tout ce que de vous Il plaira d'ordonner à ses soupçons jaloux; C'est vouloir, sans que rien le rende nécessaire, Ce que tout détrôné Philippe eut peine à l'aire. Enfin, soigneur, enfin, c'est me lier les mains, M'ôter l'entier pouvoir d'attaquer les Romains, Ou leur donner sur vous par oii venger sans peine, Tous les maux que sur eux doit répandre nia haine. Et je consentirais à rester à ce prix? Non, non, je vous dois trop pour perdre votre fils; Mais aussi trop d'ardeur à ma vengeance est due Pour soulVrir qu'aucun temps eu borne l'étendue. Je satisfais à. tout eu m'éloignaut d'ici. C'est par là que je puis vous tirer de souci. Mon départ laissera le prince en assurance, Ma haine en liberté, Rome sans défiance. Ainsi souH'rez, Seigneur...
PRUSIAS
Vouloir quitter un roi Qui ne réserve rien pour vous prouver sa foi, Qui vous fait partager la puissance suprême, Respecter dans sa cour à l'égal de lui-même; Et pour votre repos...
ANNIBAL
C'est me connaître mal.
Quoi, parler de repos pour moi, pour Anuibal'? Instruit de ses travaux, avez-vous lieu de croire Qu'à s'exiler soi-même il aurait mis sa gloire, Pour venir en ces lieux, démentant sa fierté. Languir dans une ingrate et lâche oisiveté? Si l'ardeur du repos eût touché mon envie. J'aurais vécu, seigneur, au sein de ma patrie. Et joui des honneurs dont le traité de paix Laissait parmi les miens le choix à mes souhaits. Mais Rome, pour avoir triomphé de Carthage, N'avait pas d'Annibal surmonté le courage. L'Afrique n'osant plus lui faire d'ennemis. Pour l'attaquer d'ailleurs il se croit tout permis; Et sou pays n'a point de douceur qui l'entrainc. Lorsque pour les Romains il n'y voit plus de haine. Voilà ses sentiments, réglez-vous là-dessus. Le prince doit partir, les ordres sont reçus. Faites-les révoquer, ou, sans vous en plus dire, Chez Attale demain, seigneur, je me retire. J'attends votre réponse, et vous laisse y rêver.