‹ Théâtre complet. Nouv. éd., précédée d'une noticeChapitre 957 sur 1518 · SCENE III FLAMINIUS, ANNIBAL, ATTALE · texte numérisé non relu

SCENE III FLAMINIUS, ANNIBAL, ATTALE

FLAMINIUS, '1 Atlale. [trC,

Seigneur, parle pouvoir qu'on m'a daigne commet- Jusquedans vos Étals j'aurais dû vous remettre ; .Mais je vous vois partir trop bien accompagné, Pour ne m'en croire pas le voyage épargné ; Et, sur ce quej'apprends,j'aurais mauvaise grâce De vous offrir encore un secours qui vous lasse : On vous a mis au trône, et cela vous suffit.

ATTALE

Je ne sais pas, seigneur, ce que l'on vousa dit ; Mais ce que je vous dois m'assure trop de gloire. Pour souffrir que jamais j'en perde la mémoire. Vous trouverez en moi toujours un zèle égal ; Et, si dans mes États je reçois Annibal, Comme j'agis partout d'un cœur franc et sincère. Ce n'est pas un secret que je cherche à vous faire.

FLAMINIUS

Dans le sein de la guerre ayant toujours vécu. Il vous apprendra l'art de n'être plus vaincu ; Et, quelques ennemis qui pensent vous abattre, Pour triompher d'abord, vous n'aurez qu'à combat- ANNiiiAL. [tre.

S'il n'apprendpasdemoi l'artde vaincre aisément. Il apprendra celui de fnir l'abaissement. Et de rester toujours, par un pouvoir suprême, Maître de son destin, malgré le destin même.

FLAMINIUS

De si grandes leçons ont de quoi faire bruit.

Le faste m'en plairait, maisj'en craindrais lefruit;

Et, si j'ose le dire, Antiochus, peut-être.

Se serait bien passé de vous avoir pour maître.

ANNIBAL

Pour peu qu'en mes leçons il se fût affermi, Il vous eût mis en tête un fâcheux ennemi ; Mais son insuffisance à les mettre en usage. Vous a vendu sa gloire, et livré son courage.

FLAMINIUS

Leur pratique est en vous ce qu'il faut admirer, De royaume en royaume elle vous fait errer. Et chercher dans l'exil tout ce que l'on peut croire, Que doive un grand courage au souci de sa gloire.

ANNIBAL

Cet exil, qui déjà m'a fait voir tant d'États, Vous coûte quelques soins que vous ne dites pas; Et, pour tenir votre àmc en tous lieux alarmée, C'est beaucoup d'Annibal, et même sans armée.

FLAMINIU-.

On doit craindre en efi'et le bonheur qui le suit.

(<ï Allate).

Mais, faites-moi raison, seigneur, d'un autre bruit. On dit (jue vous songez à faire Elise reine.

ANNIBAL, « Mlilh.

Que ma présence n'ait, seigneur, rien qui vous gène. Vous savez que...

LA MOHÏ DANMBAL, ACTE III, SCÈNE V.

ATTALE, li Allllihal.

[ Seignnur, donnez-moi votre aveu

Etl'liymcu, dès demain, couronnera mon feu.

AXNIiiAl., (1 Flainiiiiiis. [pose,

Yons voyez ((iic malfri'ù les malheurs qu'on m'op- L'honneur d'èlrc mon gendre est encor quelque FLAMJNius. [chose.

Atlalc a fait, sans doule, un choix bien glorieux; Mais, s'il m'en voulailcroii'c, ily penserait mieux.

(A Atlalr.)

Seigneur, souvcuez-vous que si vous êtes maître, Rome hait les ingrats et les fera connaître. Vous pouvez là-dessus écouler votre amour, Prenez, pour y songer, le reste de ce jour. Pour ne vous perdre pas ma bonté vous le donne.

ANNIBAL

Pour moi j'ignore l'art de contraindre personne; El, sans m'iuquiétcr de ce qu'il résoudra. Je lui laisse à son choixtout le temps qu'il voudra. Au moins, suis-jc assuré que par mon alliance Il craindra peu l'affronl de trahir sa naissance, LI que jamais l'exil d'un homme tel que moi N'aura rien dont l'éclat fasse rougir un roi.

Fr.AMI.MUS.

Vous avez le cœur haut, le bel orgueil y règne.

AXXIBAL.

Assez pour empêcher qu'aucun roi ne vous crai- Et,si de Prusias mes conseils sont suivis, [gne ; Rome attendra longtemps qu'il vous livre son fils. Le voir trop s'abaisser sous votre tyrannie, Est tout ce qui me peut chasser de Bithynie.

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